FAIRE UN CHOIX

Je ne sais pas si c’est le bon lieu, le bon moyen, la bonne manière. En toute honnêteté, cet article est un brouillon depuis plusieurs semaines déjà dans mon back-office, sans que je n’ose le finir et encore moins appuyer sur le bouton « publier ». Pourtant, si quelqu’un prenait un jour la peine de sonder le contenu de mon cerveau, il y trouverait, en gros, 90% d’informations aussi utiles que le pull que portait Schatzi le jour de notre premier rendez-vous (un horrible trucs gris à col camionneur : croyez-moi, j’ai failli fuir), la date d’anniversaire de la fille qui était assise à côté de moi en CM2 ou l’intégralité des paroles des chansons des 2be3, et les 10% restants presque entièrement consacrés à un seul et même sujet :

Quels sont les projets à plus ou moins long termes de mon utérus et comment ceux-ci sont possiblement compatibles avec une carrière potentielle ?

J’ai déjà évoqué le sujet de concilier travail et vie de famille dans un article l’an passé, et c’est plus ou moins un fil conducteur de nombreux de mes posts. Mais contrairement à il y a an, aujourd’hui, l’envie d’avoir un jour un deuxième enfant commence sérieusement à me titiller l’instinct maternel. Et contrairement à il y a un an, j’aime profondément mon travail tel qu’il est aujourd’hui.

Pour Simon, je n’avais pas pris une seconde le paramètre boulot en ligne de compte. A l’époque, la perspective de ne plus avoir à bosser avait même plutôt tendance à me vendre massivement du rêve. Mais les choses ont changé, j’ai eu la chance de pouvoir évoluer, et mon quotidien professionnel est devenu aussi stressant que passionnant et émulant. Certes, il y a des jours où la charge de travail me paralyse, où mon boss me tape sur le système, où je resterais bien au lit, mais quand je vois les résultats obtenus par après, je me dis que j’ai énormément de chance de faire ce que j’aime et d’avoir la confiance de mes supérieurs pour mener de gros projets en quasi-autonomie.

Le souci, c’est que ce rythme est déjà difficilement tenable avec un seul enfant, donc autant dire impossible avec deux. Et au niveau de ma hiérarchie, je pense que le fait que je puisse être absente pour un minimum de 16 semaines (minimum légal en Allemagne) est simplement impensable. Ou plutôt si, mais le fait de me garder ma place et mes projets au chaud pendant ce laps de temps est inenvisageable. Sans parler de l’après : caser deux enfants pour partir en déplacement, gérer deux « lieux de garde » (je mets des guillemets car j’ai conscience que l’école, où Simon ira l’an prochain, n’en est pas vraiment un), doubler le risque d’enfant malade, de nuits sans sommeil qui te rendent moins productive, de grève des profs ou d’arrêt de la nounou… Et je ne parle pas de la culpabilité de ne pas être assez présente, que j’arrivais enfin à modérer avec Simon et qui risque de me rattraper avec l’arrivée d’un éventuel deuxième.

Pourtant, cette envie est là, latente, profitant un épisode de Baby Boom ou d’une poussette croisée dans la rue pour se matérialiser, pour que pendant quelques minutes à peine, je me remette à penser à mon ventre s’arrondissant, au premier peau-à-peau, à toutes ces premières fois en fait dont je ne sais pas encore si je vais les revivre. C’est fugace, le temps que la raison reprenne le dessus et me rappelle les problématiques financières, temporelles et professionnelles qui nous obligent à repousser le projet d’une demie-année à une autre demie-année, et ainsi de suite.

Je me raccroche alors à toutes ces autres choses qui justifient d’attendre : combien j’ai détesté être enceinte, combien mon objectif de semi-marathon me tient à coeur, combien j’ai déjà eu du mal à réapprivoiser mon corps après la naissance de Simon… Autant de raisons plus ou moins bonnes d’attendre, de repousser, de réfléchir encore et qui me permettent d’occulter le vrai problème, le seul qui a vraiment du poids dans le fond : ma condition de femme qui m’empêche, même aujourd’hui, en 2017, de tout avoir en même temps, les enfants et le boulot passionnant.

Certes, Schatzi serait prêt à lever le pied de son côté pour que je puisse continuer à travailler comme je le fais actuellement. Il se sentirait prêt à assumer pour que moi je puisse assurer. Mais ai-je envie d’être cette femme, cette mère ? Ai-je envie de sacrifier ce que j’ai de plus précieux pour le boulot ? Et à l’inverse, suis-je prête à retrouver cette sensation de vide, de ne servir à rien, d’être une ombre sur mon lieu de travail comme je l’ai vécu pendant six ans avant de trouver enfin la lumière ?

Je me retourne le cerveau sur ce sujet depuis des semaines, des mois. Je me maudis de ne pas être capable de faire ce choix qui devrait m’être naturel : la famille compte tellement plus que le boulot. Je le sais, tout le monde me le dit. J’en suis même farouchement convaincue. Mais pourquoi est-ce si difficile de trancher ? Pourquoi dois-je trancher d’ailleurs ?  Je peux être tout, c’est Beyoncé qui le dit.

Strong enough to bare a child and go back to business.

Mais malgré tout le respect que j’ai pour elle, je pense qu’entre être Queen B et Mum B, il lui faudra choisir. Pour continuer à être au top, il faudra des nounous qui gèrent les nuits, des baby-sitters qui assurent en journée, et que ses enfants, au final, auront forcément une Maman présente à mi-temps. Et comme moi, en prime, je n’ai pas ses millions et son armada de nannys, j’ai l’impression d’avoir encore plus qu’elle un choix à faire.

Et ce choix me pèse chaque jour davantage…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :