AUTORITÉ ET BIENVEILLANCE : L’IMPOSSIBLE ÉQUATION ?

Nous sommes une veille de jour férié, il est (à l’heure du début de la rédaction de cet article) 20h41 et je suis assise dans mon lit. En pyjama. Sous ma couette. Avec BFM en fond sonore. Vu l’actualité, je dois être maso mais je sais pas, c’est comme un réflexe, j’ai l’impression que si je ne regarde pas, mon frangin va perdre son taf et qu’il sera obligé d’aller bosser sur OKLM TV (oui, ça existe, et ça fait peur). Bref, pas besoin de m’éterniser sur le caractère pitoyable de cette scène, mais par contre, je peux la justifier, je le jure : je suis crevée de ma journée. Pas de 18 bornes de course à pied, ni des 25 bornes de vélo (je me la biche ? Oh oui, je me la biche, je suis une machine, je suis la triathlète en puissance, je suis… je suis la femme dont les genoux vont tomber sous peu).

Elle dit qu’elle a plus de genoux. Il dit qu’il voit pas le rapport (seuls ceux qui ont déjà participé au festival « Moutarde et cinéma » savent)

Non, si je suis crevée, c’est parce que le petit ange blond que j’avais jusqu’il y a peu de temps la fierté d’appeler mon fils s’est transformé en un espèce de petit démon qui répond, qui s’obstine, qui nargue, qui fait des crises et qui, de fait, nous épuise. Je vous avais déjà parlé il y a quelques mois du terrible two qui s’amorçait, mais la crise avait été plutôt brève donc on s’était dit, malheureux que nous étions, qu’au final, c’était pas si dramatique, qu’on en faisait toute une montagne, que c’était largement gérable.

Sûrement que l’univers s’est vengé. Sûrement que l’univers s’est dit que m’infliger coup sur coup sur coup Roland Garros, une finale de Champion’s league et une de Top 14 (ce qui explique la soirée pyjama/BFM, soit dit en passant), c’était pas assez cher payé, et il a donc décidé d’en rajouter une bonne couche. Si c’est pas ça, expliquez-moi alors pourquoi je me retrouve à gérer un gamin hystérique parce qu’il voulait boire, et que j’ai eu le malheur de lui tendre un verre plutôt qu’une bouteille à bouchon sport. Expliquez-moi pourquoi je dis « ne jette pas cette pierre », et qu’en guise de réponse, je me prends un caillou sur le gros doigt de pied. Expliquez-moi pourquoi on doit remonter  dans sa chambre dix fois par soir pour le trouver, sourire narquois aux lèvres, les tétines éparpillées partout dans la chambre et les pieds volontairement coincés dans la barrière.

Le problème, c’est que je ne sais pas comment réagir. Je lui parle calmement, il m’ignore. Je m’énerve, il sourit et recommence. J’essaie de détourner son attention, il serre les poings et tape des pieds. Je tente de lui expliquer, il pleure. Plus je crie, et plus c’est moi qui me sens mal, tant je déteste m’entendre quand je suis comme ça. Plus je suis ferme, et plus il me provoque. Sans le renfort de Schatzi et de sa grosse voix, je ne parviens quasiment jamais à prendre le dessus. Et en plus de me sentir totalement dépassée par la situation, je me demande comment je vais bien pouvoir faire si on continue sur ce chemin et que son père devient à ses yeux la seule figure crédible d’autorité. Parce que ça, c’est quelque chose que je ne peux pas me permettre : d’une, je suis trop souvent seule avec lui pour cela ; et de deux, je ne veux pas être l’une de ses mères totalement dominée par son enfant et incapable de faire appliquer ses règles.

Je rêvais d’être capable de tout résoudre par le dialogue, l’écoute et la compréhension mutuelle. Sans être fine connaisseuse des règles de la parentalité positive, j’avais comme principe fondateur de ma maternité celui d’éviter la violence – physique, cela va sans dire, mais aussi verbale et psychologique. J’ai moi même beaucoup souffert quand j’étais petite de la technique utilisée par ma mère qui consistait à m’ignorer lorsqu’elle était en colère contre moi. J’avais le sentiment à l’époque que quelque chose s’était cassé pour de bon, quelque chose que je ne pourrai pas réparer malgré tous mes efforts. J’avais la peur panique d’avoir perdu sa confiance, pire, son amour.

Je m’étais donc promis d’essayer de résister quand mes nerfs tenteront de prendre le dessus sur mon coeur. Mais honnêtement, c’est parfois tellement dur. Je ne sais plus quelle méthode employer quand j’ai épuisé sans succès tout le catalogue de la parfaite mère bienveillante et que rien ne fonctionne sauf la montée en décibels de Papa.

Comment lui faire comprendre qui commande sans tomber dans le rapport de force ? Comment imposer mon autorité sans devenir une « mère-gère » qui crie plus qu’elle ne parle ? Comment réagir quand il prend le contrepied de ce que je lui dis ? Je ne veux pas me laisser dominer par mon enfant, mais je ne veux pas punir sans qu’il comprenne, je ne veux pas interdire sans expliquer pourquoi.

Le pire, c’est les autres, dans ce genre de situations. Il y a ceux qui ne te jugent pas assez ferme et qui te donnent des leçons d’éducation « à l’ancienne » (les mêmes qui me disaient qu’il fallait laisser les bébés pleurer #conseilenmousse). Il y a ceux qui, au contraire, te diront que tu n’as pas encore essayé ci ou ça, et que selon les préceptes de tel ou tel grand ponte de la psychologie enfantine, tu vas déjà bien trop loin dans l’affirmation de ton autorité. Merci les gars, toutes et tous, mais j’ai tout essayé (pour reprendre le titre d’un livre pourtant bien assez potassé) et ça ne fonctionne pas.

Autour de nous, même parmi nos proches de chez proches, on dit que Simon est « difficile », qu’il a « son petit caractère », qu’il « n’en fait qu’à sa tête ». Hugo a une fois décrit son frère comme un « petit monstre ». Ces paroles, je les trouve injustes, tant elles ne me semblent pas correspondre à celui qui, dans les moments de répit, me dit que je suis « très beau, Maman » et me serre du plus fort qu’il peut dans ses tout petits bras. Mais surtout, elles me blessent, elles me font de la peine, car elles remettent aussi indirectement en cause mes capacités de mère. Incapable de se faire écouter, incapable de se faire respecter… Ces mêmes gens qui, dix minutes après, vont me demander quand on compte lancer le deuxième, ne se rendent pas compte de la portée de leurs mots : pourquoi envisager un deuxième alors que je ne sais de toute évidence déjà pas m’y prendre avec le premier ?

Laisser le temps au temps, persévérer, rester ferme sur les vrais interdits et lâcher du lest sur les choses moins graves, c’est ma stratégie à court terme, faute de mieux. Il n’y a pas de solution miracle, pas de mode d’emploi de Simon dans lequel je peux me plonger pour retrouver des réponses. Je sais qu’il se construit au travers de cette phase d’opposition, qu’il affirme qui il est et que c’est mon devoir de lui apprendre à gérer frustrations et émotions. Mais ce soir, assise dans mon lit devant un vieux De Funès (j’ai zappé, j’en pouvais plus de BFM), je suis crevée. Et j’ai hâte de revenir à des temps plus apaisés.

Un commentaire sur “AUTORITÉ ET BIENVEILLANCE : L’IMPOSSIBLE ÉQUATION ?

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  1. 5, 4, 3, 0, paf pastèque !

    Non ? 😐

    Plus sérieusement, sinon. Ici, la « punition » la plus radicale, c’était, une fois les explications de la raison donnée, d’aller dans sa chambre (chambre débarrassée au préalable, quand elles étaient plus jeunes, de tout objet trop contondant). Et de n’en sortir qu’une fois la reconnaissance du caprice/de l’insolence reconnus.

    Ce qui signifie par contre de ne pas se déplacer en cas de pleurs. De ne pas céder. De ne pas s’excuser de la punition (la justification ayant été donnée au préalable). A la limite, on peut s’excuser si on a crié nous aussi, mais en expliquant que ça ne change rien au motif d’origine.

    Et une fois les excuses entendues, on remet les compteurs à zéro et on n’en parle plus.

    Elles ont 11 et 7 ans actuellement. Jusqu’à présent, ça a toujours très bien fonctionné.

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