« MAMAN, ON Y VA OÙ ? »

Il y a environ 9 ou 10 mois de cela, je paniquais total parce que Simon ne prononçait pas un seul mot en dehors de « Papa ». J’étais en mode boulimique de l’information sur le retard de langage, shootée aux pages Doctissimo, droguée aux forums, à tenter de comprendre ce que je faisais de travers pour qu’il refuse de dire ne serait-ce que « Maman ».

Et puis un jour, tout s’est débloqué. Maman, Tatie, Papy, chat, chien, bain… À chaque jour sa petite livraison cadeau de nouveaux mots, et puis, très rapidement aussi, les premières phrases, pas forcément toujours très justes en termes de syntaxe, mais logiques et compréhensibles. Avec Schatzi, on se gargarisait de chaque nouveauté, on se refaisait en boucle le soir venu le best of des discours du jour, on tombait en pamoison devant un « Encore boire » et en adoration devant un « changer couche, Maman ». À l’époque, les parents un peu plus expérimentés que nous nous répétaient souvent ce qui nous semblait pourtant impossible à croire après tant de mois passés à attendre qu’un son autre qu’un pleur nocturne ne sorte de sa bouche : « Un jour, vous regretterez le temps où il ne disait rien ! ».

J’ai une info : ce jour est arrivé.

C’était précisément ce matin, dans la voiture, quand j’ai répondu pour la cent-cinquante-millième fois à la question « On y va où, Maman ? ». Ne me demandez pas la raison d’être du « y », c’est une pure fantaisie de l’artiste. On va où, donc, et bien, mon chéri, on va chez Tatie, tu sais bien (vu que je te l’ai dit il y a 10 secondes déjà).

Lui : « Mais non Maman, on y va où ? ».

Moi (à bout de nerfs) : « CHEZ TA-TIE !!! ».

Lui (fondant en larmes) : « Nooooooon, on y va à la mer ! »

Moi : « Mais non Simon, tu sais bien que chez nous, il n’y a pas la mer, la mer, c’était juste ce week-end. »

SILENCE.

Lui : « Maman, on y va où ? »

Moi (fonçant en rêve dans la barrière de l’autoroute pour que ça s’arrête) : « Chez Tatie, chéri »

Lui (larmes, bis) : « Nooooooon, on y va chez Tonton Benoit !!! »

Moi : « Mais non, Simon, tu sais bien que Tonton Benoit, il habite trop loin, et puis il travaille aujourd’hui, et Liam va à la crèche, pourquoi tu veux aller chez Tonton Benoit ? »

Lui : « Non, on y va à la mer ».

Je m’arrête là, mais sachez que la conversation a duré comme ça jusqu’à l’heure que j’appellerai désormais celle du salut, soit 7h21, quand je l’ai déposé chez Tatie (et non à la mer. Et non chez Tonton Benoit).

Autre gros sujet du moment, les couleurs. « Maman, c’est quelle couleur ? » me dit-il en désignant un camion de pompier. Moi, naturellement, « C’est rouge, mon chéri ». L’enfant se complaisant dans la contradiction et visiblement frappé de daltonisme, me rétorque que non, ce bon vieux camion de pompier serait, selon lui, bleu. Avant de me balancer, sur un petit ton que je qualifierai presque d’exaspéré face à l’inculture de sa mère « C’est pas bleu, Maman, c’est rouge ». En gros, je dis juste, il rétorque faux puis m’attribue sa fausse réponse pour avoir le plaisir de me rabattre le caquet. Une carrière politique en vue pour petit Lapin ?

Sincèrement, on adore qu’il parle, qu’il échange avec nous, qu’il sache poser une question et en attendre la réponse (ce qui ne signifie pas qu’il l’accepte, cf. plus haut). Il nous fait trop rire et nous fait même un peu flipper parfois tant son vocabulaire est riche. Par exemple, hier, je lui montre un insecte dans le jardin et lui me rétorque « Pas un insecte, Maman, un gendarme ! » (moi qui ai cru jusqu’à mes sept ou huit ans qu’il s’agissait d’une sorte moche de coccinelle…). Il nous sort des phrases du style « Ah, on est bien comme ça » alors qu’il chille sur la terrasse ou « Un bon bain, ça fait du bien » tandis qu’il barbotte dans la baignoire. Il nous a même disputé lorsque, l’autre jour, le ton est monté entre nous alors qu’il jouait dans sa chambre (« Papa, Maman, ayete !! »).

Du coup, on doit faire super gaffe à ce qu’on dit, car bien entendu, le moindre « Putain » qui passerait par-là pourrait être entendu et répété, voire utilisé pour disputer Doudou qui a encore négligemment balancé toutes les tétines par-dessus-bord du lit. Quand il était plus petit, j’avais tendance à dire « Ça pue » quand je changeais sa couche, et ben, ça n’a pas loupé, j’ai désormais droit à « La couche, elle pue ». J’ai beau essayé de corriger le tir en disant « sent mauvais » ou « choume », mais je crois que le mal est fait.

Le jour est arrivé donc où je regrette (un peu) ses babillages de bébé, et où j’apprends à apprécier le silence, cette denrée si rare perdue au milieu de mille et une questions qui fourmille dans sa tête et où la seule réponse acceptable est celle qu’il a envie d’entendre.

Un commentaire sur “« MAMAN, ON Y VA OÙ ? »

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  1. ouais mais tous ces petits mots adorables d’enfant et ces fautes de syntaxe, c’est tellement mignon en même temps!!! Moi je ne m’en lasse pas! (sauf après 2h de voiture. D’accord.)

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