GRAND BÉBÉ, PETIT GARÇON…

Avec Simon, on a mis au point un jeu pour limiter la crise au moment de la sortie du bain : je l’enroule dans une grande serviette et je le porte jusqu’à la table à langer en disant « Oh le grand bébé, le grand bébé, le grand bébé ». Puis, une fois assis sur la table à langer, il se transforme en « petit garçon » qui gigote pour sortir de la serviette et envoyer balader l’ensemble de ce qui se trouve à portée de main. On est vraiment dans cette dualité, en ce moment, entre deux âges, entre deux mondes, celui de la puériculture et de l’enfance…

D’un côté, on a le Simon de déjà deux ans et quatre mois, celui qui court partout, qui lance du « tout seul » à tout bout de champ, qu’on a du mal à faire taire (le comble, quand on pense au temps qu’il a mis à parler !), qui monte les escaliers comme un chef et qui dépasse de partout de la table à langer.

De l’autre, on a le Simon de seulement deux ans et quatre mois, celui qui s’endort dans la voiture dès que le trajet dépasse 10 minutes (j’envisage la piste de la narcolepsie), qui a besoin de ses trois tétines près de lui pour pouvoir s’endormir, qui refuse catégoriquement de quitter ses couches ou d’essayer de s’habiller tout seul.

Navigateur voguant entre deux eaux, il oscille entre l’envie d’être autonome et celle de rester le petit bébé de sa Maman. Face à son cousin Nino, 10 mois, ou même de sa cousine à naître, il hésite entre assumer d’être le « grand », celui qui protège, qui surveille (« Attention bébé ! » alors qu’il chahute avec sa Marraine enceinte sur le canapé) et vouloir redevenir le tout-petit qu’on porte, qu’on cajole et qui polarise l’attention.

Quand il me parle de Marie-Lucie, 8 mois, gardée aussi par sa Tatie, j’entends presque le dédain dans sa voix face à cette petite fille qui ne sait rien faire (Moi : « Tu as joué avec Marie-Lucie ? », Lui, presque exaspéré par la question : « Maman, c’est bébé ! »). À l’inverse, Ilhan ou Paul, les grands, ceux qui vont à l’école, sont des modèles. Il les regarde avec admiration, les imite (à mon grand damne parfois !), les appelle « les copains ». Et que dire d’Hugo, dont il reprend les mimiques, les expressions (d’ailleurs, si un jour Simon me répond « Thanksgiving » au lieu de « Merci » comme son frère, je démissionne de mon rôle de mère !) ?

Moi non plus, je ne sais pas toujours sur quel pied danser avec lui. Si j’essaie de le pousser vers plus d’autonomie, il joue les bébés. Si au contraire, je le couve un peu trop, il s’énerve presque et me fait comprendre qu’il sait gérer tout seul. En même temps, je suis programmée pour flipper : au cours de deux dernières années, un canapé était quelque chose dont il pouvait tomber, une table basse quelque chose où l’on pouvait se cogner, un escalier une raison d’avoir le numéro du médecin en mémoire de mon téléphone. Et si le risque d’une marche loupée ou d’un choc dans un coin de table existe toujours, il est bien moindre qu’il y a encore quelques mois, quand Simon découvrait encore son potentiel mobilité. Les vieilles habitudes ont la vie dure : il m’arrive encore de regarder d’un œil mauvais un morceau de viande un peu trop gros ou de vouloir lui tenir la main quand il marche sur un carrelage en chaussettes. Il faudrait que je lâche prise, mais je suis angoissée par nature, et j’ai toujours peur de la « faute à pas de chance », de la seconde d’inattention qui t’envoie aux urgences… Je le sais bien, au fond, que mon bébé n’en est plus un, que je ne suis plus une « jeune Maman » (et là, tu te dire que la meuf a quand même mis deux ans et quatre mois à arrêter de se considérer comme tel) et par moments, ça m’arrange bien.

Mais quand, comme hier, Simon malade se pelotonne, roulé en boule contre moi et Doudou (dont l’odeur atteint des sommets d’immondice, en ce moment, faudrait que je profite du retour du soleil pour un lavage-séchage express) ; quand je suis la seule capable de l’apaiser, de le soulager ; quand il me regarde et me lance « je suis content que Maman est là »… Alors mon cœur de Maman fait des bonds et je serre mon encore si petit garçon fort contre mon cœur, là où est sa place, là où le temps ne se compte pas en mois ou en années, là où il restera, toujours, cette merveille rouge et fripée qu’on a posé sur moi un jour de janvier 2015.

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