CELLE QUI A PLEURE DEVANT « BABY BOSS »

Le week-end dernier, pour une fois, j’ai passé pas mal de temps avec mon beau-fils. C’est assez rare que nous fassions quelque chose juste tous les deux. Au contraire, j’ai souvent tendance à m’effacer pour permettre à son père et lui de se retrouver seuls. Et puis, je n’ai jamais eu le sentiment qu’Hugo recherchait particulièrement ma compagnie, et je savais également que c’était quelque chose qui déplaisait à sa mère, donc pour moi, c’était mieux ainsi, eux dans leur coin, et moi dans le mien. Bien entendu, avec l’arrivée de Simon, les choses ont changé, et je n’avais pas envie de former deux « clans » un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, d’autant plus qu’il me tenait à cœur que les garçons vivent des choses ensemble pour fédérer un peu plus notre drôle de famille.

Tout cela pour dire que le week-end dernier, après que la bronchite de Simon nous ait méchamment pris par surpris et ait décommandé Mickey sans même nous demander notre avis, il a bien fallu « compenser » la déception d’Hugo de ne pas aller à Disneyland, sans pour autant trimballer un enfant malade dans les quatre coins de l’Alsace. Olivier avait prévu d’avancer dans les travaux ce week-end, j’ai donc décidé de proposer à Hugo de faire des choses ensemble, et, à ma plus grande surprise, il a accepté !

Nous avons donc fait une séance d’accrobranche samedi, puis sommes allés voir un film dimanche, en l’occurrence, l’hilarant dernier-né de Dreamworks, « Baby Boss ». Franchement, je vous conseille à tous et toutes d’aller le voir car cela fait longtemps qu’un film d’animation ne m’avait pas autant enthousiasmé. C’est l’histoire de Tim, 7 ans, qui vit avec son Papa et sa Maman, tous deux employés au service marketing de la même société (toute ressemblance avec l’auteur de ce blog et son Schatzi est fortuite). Enfant chéri de ses parents, il vit une existence de rêve faites de gros câlins, de chansons du soir et de dimanches en famille. Un jour pourtant, ses géniteurs ont l’idée saugrenue de lui coller dans les pattes un petit frère qui, d’un seul coup, accapare toute l’attention et le relègue au second plan.

Outre le fait que le petit frère en question se révèle être un employé zélé de la Baby Corp Company venu enquêter sur un mystérieux complot visant à remplacer les bébés par les chiots dans le cœur des adultes, cette histoire de grand frère qui se sent soudainement rejeté par ceux qu’il aime le plus nous a forcément parlé, à Hugo comme à moi. Lors d’une scène où le bébé explique sournoisement à son frère qu’il n’y a pas assez d’amour pour eux deux, j’ai entendu Hugo murmurer « ça, c’est pas vrai… ». Une manière pour lui de se prémunir contre sa propre crainte de voir son père aimer Simon plus que lui : en se répétant, à plusieurs reprises durant le film, que ce qu’il y voyait n’était QUE du cinéma, et n’avait rien à voir de près ou de loin avec sa réalité, il semblait arriver davantage à rire de cette situation.

Pour ma part, mon cœur s’est serré à de nombreuses reprises en voyant ce grand garçon délaissé pour un plus petit modèle plus mignon. Déjà vis-à-vis d’Hugo, (et la ressemblance physique des héros avec Hugo et Simon n’a pas aidé à moins me projeter), mais aussi en imaginant, un jour peut-être, Simon en grand frère. Je suis l’ainée de la famille et j’avais trois ans quand ma sœur a été « livrée ». Je n’ai aucun souvenir d’avoir été jalouse ; pourtant, ma mère m’a souvent raconté combien j’avais été infernale à ce moment-là, régressant sur tout et refusant d’aller à l’école. On ne se rend pas forcément compte du bouleversement que cela induit en nous, en eux, de passer du statut d’enfant unique à celui de frère ou de sœur de quelqu’un. Alors quand en plus, ce frère ou cette sœur a le privilège de vivre 100% du temps avec ce Papa que toi, tu ne vois qu’un week-end sur deux… J’imagine qu’il est encore plus difficile de s’auto-persuader qu’aucune différence ne sera faite entre lui et nous.

Nous avons toujours essayé de les traiter sur un pied d’égalité, même si forcément un petit comme Simon requière au quotidien plus d’attention qu’un enfant grand et autonome comme Hugo. Pour moi, ce n’est pas évident car les sentiments ne sont pas les mêmes. Pour Olivier, il est difficile de soutenir la comparaison avec la Maman d’Hugo, qui peut quant à elle se consacrer à 200% à lui, son seul et unique enfant.

Je sais qu’Hugo n’a absolument aucune envie que nous ayons un jour un autre enfant, et j’imagine que Simon, quand il sera en âge de comprendre, n’aura pas non plus envie de faire de la place à un autre. Quand on voit comme il est déjà jaloux de son petit cousin Nino… Du coup, je trouve cela difficile de m’imaginer prendre un jour une décision qui ira à l’encontre de ce dont rêvent les enfants, « nos » enfants. D’un autre côté, il faut être honnête, les rêves des enfants ne sont pas tous faits pour être réalisés : je n’ai par exemple aucune envie que le rêve d’Hugo de revoir ses parents ensemble se réalise un jour).

Pourtant, nous qui ne sommes pas enfants uniques savons combien il est au final précieux d’avoir des frères, des sœurs, quelle relation unique peut se créer avec eux… On sait que ce rêve de rester le seul, l’unique ne résiste pas au bonheur de partager quelque chose avec quelqu’un. Mais, et on le sait aussi, les liens de sang n’impliquent pas forcément de bien s’entendre, de se comprendre, ils peuvent être rompus malgré leur caractère indéfectible. Du coup, je me dis qu’une histoire comme Baby Boss, même si elle se termine bien (et est au passage totalement abracadabrantesque), cela peut arriver, nous arriver. Cela nous arrive d’ailleurs peut-être, sans que nous le voyions. Peut-être qu’en réalité, Hugo et Simon n’ont pas des liens si forts que ceux que nous voulons leur prêter…. Hugo est très pudique, il ne dit pas souvent ce qu’il pense, il dit souvent ce qui arrange son père. Comment être certaine que ce tyran de baby boss, celui qui a accaparé toute l’attention, celui qui lui a volé ce qu’il avait (y compris, encore une fois, l’espoir que ses parents revivent ensemble), ce n’est pas Simon, dans sa tête ?

C’est pour ça que j’ai pleuré devant Baby Boss, pleuré de ne pas savoir, de ne pas être sûre que cette fiction soit si éloignée de ma réalité. J’ai pleuré de voir ce film à côté de quelqu’un pour qui, peut-être, je suis ce monstre qui œuvre à remplacer les bébés par les chiens dans le cœur des adultes, ou, pour être plus concrète, le grand par le petit dans le cœur d’un père. Et cela m’a terrifié.

Je ne sais pas si certain(e)s d’entre vous sont beaux-parents… Mais si vous avez des choses à dire sur le sujet, je les écoute avec plaisir.

PS : sinon le film est vraiment top, et si vous n’êtes pas une idiote émotive comme moi, vous allez trop kiffer ! Promis !

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