CELLE QUI AVAIT DES SUPERS POUVOIRS

Je vous l’avais déjà eu une fois dit (ici) : tous, nous sommes des super-héros. Mais des vrais, hein, du genre à foutre des complexes à Batman, Iron Man et même aux camions Man (blague de routier). Je ne dis pas (seulement) cela pour notre capacité à mener de front, car le fait est que chaque être humain, lorsque les fées de la parentalité se penchent sur son berceau et lui disent « Cette fois, c’est décidé, tu ne feras plus une nuit entière au cours des trois prochaines années ! », se retrouve aussitôt doté de super pouvoirs alors certes, pas aussi funs que celui de se téléporter ou de marcher sur l’eau (ce qui serait plutôt cool car cela m’éviterait les bouchons le matin sur le pont du Rhin !), mais tout aussi puissants (oui,  je sais, cette phrase fait mille plombes).

Pouvoir numéro 1 : une super résistance au ridicule

Devenir parents, cela s’accompagne d’une quantité incroyable de découvertes, mais aussi de quelques petites autres choses dont on doit faire son deuil : sa liberté, son tour de taille, ses relations privilégiées avec son banquier (« Je sais qu’on est le 10 du mois et que je suis dans le rouge, Monsieur l’écureuil, mais c’est mon fils, il ne supporte que les couches en coton bio cueilli à la main par des moines aveugles à 45€ le paquet de huit ! »)… Mais s’il y a bien quelque chose à quoi, encore plus que le reste, on peut dire adieu en accomplissant le miracle de la vie, c’est sa dignité. C’est bien simple : la phrase « le ridicule ne tue pas » a certainement été prononcée pour la première fois par un type contraint par son fils d’exécuter une chorégraphie contemporaine sur la Mickey Danse.

Bingo, Bingo, on est les meilleurs !

Au cours des jours derniers, j’ai, parmi moult autres choses, disputé une table parce qu’elle avait tapé Simon, embrassé une vache gonflable parce qu’elle « avait bobo » ou bien encore mis une rondelle en bois censée représenter un concombre dans ma bouche et l’ai recrachée une bonne centaine de fois pour faire rigoler Simon (il existe une vidéo très explicite, mais faut que je pense à ma réputation). Bref, question ridicule, je ne me suis pas vraiment ménagée. Et que dire de mon pauvre Schatzi, rebaptisé depuis quelques temps du doux sobriquet de « Papa p’out » ? Alors nous, on sait que c’est parce que Simon aime faire des prouts sur le ventre de son Papounet. Mais bon, la plupart des gens doivent surtout penser que je suis dotée du mari pétomane de compétition (ce qui est faux. Il ne pète jamais. Sauf une fois. Et il a accusé un copain. C’est moche, hein ?).

Pouvoir numéro 2 : une super- compréhension

Je parle pas de compréhension au sens de « oh, comme je te comprends, mon fils, tu es à la croisée des chemins entre ton passé de bébé et ton avenir de jeune homme, et cela te trouble, c’est normal ». Non, moi je parle de la compréhension qui fait que tu sais ce que ton enfant veut dire avec « Tatie oté callier éla famé pote » (ce qui évidemment, signifie que sa nounou a monté l’escalier et a fermé la porte).

Combien de dizaines de fois déjà ai-je servi d’interprète à Simon face à des gens qui n’avaient strictement aucune idée de ce qu’il était en train de leur raconter ? C’est pourtant pas compliqué, au demeurant, il suffit de partir du principe que l’enfant use et abuse du « b » (« la bache fait beuh, beuh, beuh »), appelle certaines choses par le bruit qu’elles font (je vous ai déjà parlé du train qui est un « tou tou tain ») et intègre coucou Hibou à peu près partout où il peut (« Frère Jacques, Couc’ hibou, sonnez les Mathilde, ding ding dong »).

Il faut dire aussi, pour minimiser la force du pouvoir en question, que comme beaucoup d’enfants, il a tendance à tourner toujours un peu en boucle sur les mêmes sujets, donc forcément, quand tu entends la même combinaison de mots depuis des plombes, à force, tu sais de quoi il est question (dernière obsession en date, les biquettes qu’on a été voir la semaine dernière). C’est un peu comme les hommes politiques en fait : pas besoin de les écouter, on sait d’avance ce qu’ils vont dire (blablabla, je suis droit dans mes bottes ; blablabla, j’incarne le changement ; blablabla, j’ai involontairement employé ma grand-tante sourde de 97 ans comme assistante parlementaire…).

Pouvoir numéro 3 : une super-capacité à détourner l’attention

Quiconque a déjà mis les pieds avec son enfant sait quelles situations peuvent potentiellement s’avérer fatales pour lui (et pour son amour-propre). Par exemple, il faudrait être fou pour aller se promener dans un centre commercial sans avoir prévu de liquide pour l’inévitable manège qui trône en plein milieu. De même, il faudrait être malade pour emmener petit Loulou avec nous lorsque l’on va à la Grande Récré acheter Barbie Chevelure de rêve pour la cousine Julie. Et passer devant le rayon bonbons du supermarché sans avoir « Fraises tagada » inscrit sur sa liste de courses ? Tout bonnement suicidaire ! Et pourtant… Pourtant, on le fait tous et toutes parce qu’on n’a pas le choix, que personne ne peut nous garder Loulou pendant qu’on grande-récréise ou que le rayon des céréales se trouve juste à côté de celui des fraises tagada. On prend le risque…. Et souvent, on paie les conséquences !

Dans ces cas de figure, tu te raccroches souvent à n’importe quel élément du décor qui te permettrait de détourner l’attention de ton mini-toi le temps d’écarter le danger. Ça donne des trucs du style :

Moi : Oh regarde Simon, au plafond !

L’enfant lève la tête.

Moi : Regarde là !

L’enfant baisse la tête et regarde sa mère en mode interrogatif.

Moi : Mais si, regarde, là, cette très jolie…poutre !

L’enfant croit tout ce que dit sa mère et contemple donc la très jolie poutre le temps qu’on dépasse ce p*** de manège.

Ça ne marche pas à tous les coups, des fois, il en a strictement rien à taper de ce que j’essaie de lui montrer et je ne peux pas éviter la crise. Mais je dirais que dans 75-80% des cas, je parviens, par le biais d’une chanson (au hasard, une qui parlerait d’un certain volatile vivant dans une certaine forêt et tapant la causette avec un pote au loin), d’une grimace bien placée ou d’une autre source d’intérêt à détourner suffisamment longtemps son attention. Là encore, un truc qui intéresserait les hommes politiques…

Eux : Je n’ai pas de programme, Messieurs les électeurs ? Oui, mais regardez, je sais jongler avec des bananes !

Nous (admiratifs) : Waaaaaaaaouhhhhh !!!!

Pouvoir numéro 4 : un super pouvoir de redonner le sourire

Celui-là, c’est celui que je préfère, parce qu’en fait, je le partage avec lui. Quand la journée a été longue, quand mon chef a été casse-pieds ou que mes cheveux font rien de ce que je veux… Je rentre chez moi, et je retrouve mon petit garçon. Lui aussi a eu une sale journée : Mathilde (celle de chez la nounou, pas celle qui selon lui sonne dans Frère Jacques) lui a chipé son jouet préféré, y’avait des haricots verts au déjeuner, ou pas assez de camions sur le chemin du retour. Et puis, on se voit. Et nos visages s’illuminent, nos dents se desserrent, nos traits se détendent, et la joie monte en nous en effaçant tout le reste. On se serre dans les bras, on s’embrasse, on se câline, et on se redonne mutuellement toutes les forces dont on avait besoin.

Mon fils, c’est 91 cm de bonheur en shoot que je me prends tous les soirs en rentrant, et ça, ça vaut tous les pistolets lasers et les bat-capes du monde…

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