CELUI QUI GRANDISSAIT (BEAUCOUP) TROP VITE

Samedi, Olivier et Hugo ont décidé d’aller accomplir leur devoir de citoyen bas-rhinois (comprendre = aller au Racing) et nous ont donc laissé, Simon et moi, seuls pour une après-midi maman-fiston. Après en avoir écrasé pendant deux bonnes heures (lui dans son lit et moi sur le canapé devant Netflix, la bave au bord des lèvres – je suis trop glamour, ça me fatigue), on a décidé d’aller profiter de ce premier jour réellement ensoleillé de l’année dans un parc strasbourgeois. L’Orangerie étant comme d’habitude noire de monde, on a opté pour le parc de la Citadelle, moins fréquenté mais pour lequel j’ai toujours eu une tendresse particulière (bon, jusqu’à ce que la nuit tombe parce que là, il s’y passe de drôles de choses dans les buissons, et je peux vous dire que la tendresse n’a rien à voir là dedans). 

Comme d’habitude, je ponds une tartine alors qu’en fait, ce que je veux vous dire, c’est que j’ai pris une claque du genre de celle qui vous laisse la trace des cinq doigts sur la joue pendant des plombes. Le constat est alarmant, mais il est là :

je n’ai plus de bébé. 

Comprenons-nous. Il y a encore dix minutes, Simon, c’était ça: 

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Hier encore, on posait dans mes bras une minuscule petite chose toute fripée et toute rouge qui m’attrapait le pouce et envoyait mon coeur dans la stratosphère de l’amour. Hier encore, il jouait les koalas sur mon avant-bras. Hier encore, il me fallait le déchiffrer à la faveur d’un pleur, d’une grimace, de petits pieds qui s’agitaient. C’était hier, et pourtant, aujourd’hui, qu’il me semble loin, ce petit être, quand je vois ce grand bonhomme de deux ans courir, sauter, grimper… Qu’il me semble loin que je le vois s’affranchir de mon aide, escalader sans peine cette marche pourtant si haute, glisser sans peur sur ce toboggan pourtant si pentu…La dernière fois que nous sommes allés au parc, il y a ce qui me semble être une décennie tant l’hiver a été long, Simon avait besoin de moi pour tout. Désormais, il monte les marches sans peine, galope sur le cheval à bascule et rampe tel un soldat en mission dans les tunnels les plus étroits. Même si mon instinct profondément flipette m’empêche d’être cette mère assise tranquillos sur son banc pendant que son gosse s’éclate dans son coin, il n’a plus besoin que je sois juste à côté, que je lui tienne la main, que je l’aide à s’appuyer. J’observe une distance de sécurité qui satisfasse autant son envie d’indépendance que ma condition de mère angoissée.

On a un jeu, lui et moi, quand je le sors du bain : on joue au « go go go bébé ». Je l’enroule dans une grande serviette et je le porte jusqu’à la table à langer tel un nourrisson enveloppé dans un lange. Une fois assis sur la table à langer (dont il dépasse outrageusement, soit dit en passant), le gros bébé laisse alors place au « gan gan gan gaçon » qui gigote dans tous les sens et à qui mettre une couche relève de l’épreuve de force. Il aime ce jeu parce qu’il est foncièrement certain de ne plus l’être, ce bébé. D’ailleurs, gare à moi si je l’appelle comme tel au travers d’un mot doux ou d’une séance de câlins. Il se redresse alors, presque fâché, et me dit « Maman, Sibon pas bébé, gan gaçon ! ».

Comment le temps a-t-il pu filer si vite ? A quel moment a-t-il commencé à exister, ce grand garçon qu’il revendique être ? A quel moment a-t-il pris la place de mon tout petit ? Nuit complète, 4 pattes, premiers pas, premiers mots… On focalise tellement sur ces évolutions, ces progrès qu’on en oublie tout ce qu’ils emportent sur leur passage. Que les choses soient claires, je ne suis pas en train de dire que les réveils trois fois par nuit me manquent, hein, mais quand je réalise tout ce qui est déjà derrière moi, ma nature foncièrement nostalgique reprend le dessus.

Pourtant, il me semble parfois qu’il n’est pas vraiment loin, mon bébé. Quand il se love contre moi dans son sommeil quand on fait la grasse mat le dimanche (bon, même si grasse mat dans ce cas signifie qu’on a réussi à le maintenir au lit de 6h30 à 7h20 – si tu es parent, tu mesures sans doute l’exploit). Quand il ne veut que moi pour le consoler après une chute (le rodéo sur vache gonflable est une activité aussi intense que risquée). Quand il tient encore et toujours à son bibi du soir même si tout le monde nous dit qu’on devrait le supprimer (en même temps, les gens, je doute qu’à 26 ans, il lui faille encore son shoot de lait pour s’endormir, alors laissez-le en profiter à 26 mois !). Il se terre encore quelques part derrière tous ces mots nouveaux, toutes ces cascades casse-cou et ces « tout seul, Maman ». Il est là, encore, mais il s’éloigne, chaque jour un peu plus, transformant celui qu’il y même pas trois ans, je portais en moi, en un véritable petit homme.

Alors, oui, la liste de ce qui est devant moi est incommensurablement plus longue (la crise d’adolescence ou les compétitions de sport à une heure indue le dimanche matin, entre autres réjouissances !), oui, deux ans, c’est rien du tout au regard d’une vie, mais à mes yeux de Maman, c’est déjà tellement…

Mon Simon, tu es déjà un grand, grand, grand garçon, mais s’il te plait, reste encore un peu mon petit garçon. 

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