REST(O) IN PEACE, MON VENDREDI SOIR !

En roulant vers la maison, je me suis dit qu’il fallait absolument que je couche sur papier (enfin, sur clavier) la soirée de ce soir – si tant est qu’on puisse appeler soirée quelque chose qui se termine aux environs de 20h45.

Ce soir, folle que je suis, j’ai voulu tenter l’impossible : aller au resto avec une amie… Et emmener Simon. En même temps, je n’avais pas franchement le choix, puisque Schatzi était retenu par une affaire de la plus haute importance (comprenez : il a été voir Rogue One), et que je voulais absolument voir cette amie avant les vacances de Noël. Du coup, j’ai réservé dans une pizzeria assez basique au motif que je la savais pourvue d’une chaise-haute (décidément, mes priorités en matière de resto ont bien changé), et prié le dieu de la maternité pour que la soirée se passe bien. Le fait qu’il soit 20h50 et que je sois en pyjama devant la finale de Danse avec les Stars te donne d’ores et déjà une indication assez claire sur le fait que mes prières n’ont pas été exaucées (sûrement que le dieu de la maternité était trop occupée à refourguer des vergetures et à peaufiner une version enrichie avec bonus de la crise des 8 mois).

19h15 : j’arrive au resto, je suis la première. Le réceptionniste me jette un regard torve, du style : « Me dis pas qu’elle vient se taper la cloche seule avec son gamin, celle-là ». Non, non, Monsieur le physionomiste du parmiggiano, j’attends une amie, et oui , comme quoi y’a encore des gens qui acceptent de passer du temps avec moi en dépit du greffon qui s’accroche à ma jambe comme Madonna à ses jeunes années.

19h20 : Mon amie arrive et nous trouve, Simon et moi, en pleine construction d’un puzzle Peppa Pig glissé dans le sac à langer dans un éclair de lucidité. Parfaite vision de la félicité mère-enfant : moi lui tendant les pièces, lui tentant d’accrocher un morceau du nez de Maman Pig à l’arrière-train de Papa Pig. Je ne suis ni plus, ni moins que la mère parfaite.

19h30 : Nos apéritifs arrivent, nous trinquons tandis que Simon se jette sur les bretzels. Je lui dis de les mettre l’un après l’autre dans la bouche ; il persiste à les enfourner par poignées ; j’insiste ; il s’énerve et balance les bretzels restants par terre. Ne t’en fais pas pour eux, ils seront bientôt rejoints par une flopée de petits copains. Première honte de la soirée pour Maman.

19h45 : Est-ce parce que notre serveur a senti venir la tempête que nous avons été servies en un temps record ? À peine commandées que nos linguine alla primavera étaient déjà sous notre nez. J’imagine – et l’histoire leur donnera malheureusement raison – que l’équipe du resto souhaitait expédier le plus rapidement possible cette drôle de table à deux nanas et un môme, perdue entre les groupes de potes fêtant des anniversaires et les amoureux transis sirotant de concert leurs Aperol Spritz. Dans le même temps, Simon reçoit ses frites.

19h46 : Les frites sont « sau » (comprendre « chaud ») : crise de larmes et première cargaison de frites à terre. Je sors de mon sac à langer l’imagier de Petit Ours Brun, Papa Ours se retrouve aussi sec avec une frite écrasée dans la tronche. C’est pas grave, on va attendre que ça refroidisse.

19h48 : entre deux tentatives de conversation avec mon amie, nouvel essai concernant les frites, qui sont, selon petit Lapin, toujours « sau » et « non non non ».

19h49 : je demande du pain au serveur. Il voit l’état de notre table et déjà je lis le désespoir dans ses yeux.

19h50 : alors a priori, le pain aussi est « sau ».

19h51 : comprenant que je peux me tamponner pour qu’il avale quoi que ce soit ce soir, je fais ma mère indigne et dégaine mon Smartphone. YouTube, viens à mon secours !

19h51 et dix secondes : je n’ai pas de réseau.

19h52 : j’ai réussi à choper une barre de réseau et invoque cette fois le dieu des nouvelles technologies pour que cela suffise à charger un épisode de Tchoupi et Doudou.

19h53 : le Dieu des nouvelles technologies se souvient du nombre de fois où j’ai fait tomber mon Iphone, et décide de se venger en refusant tout net de charger Tchoupi.

19h54 : crise de larmes pour non-présentation de Tchoupi. Premiers regards indignés de mes congénères (« Pouvait pas rester chez elle, celle-là, et arrêter pour de bon d’espérer retrouver une vie sociale ! »).

19h56 : la crise de larmes allant crescendo, de même que l’exaspération de mes voisins de table, je décide de prendre Simon sur mes genoux.

19h58 : ma fourchette et ma cuillère ont été réquisitionnées pour une opération de patouille dans mon plat de pâtes. Cela dit, mini-victoire, il a dû avaler environ 3 linguines. De mon côté, je commence à faire le deuil de mon repas.

20h00 : après avoir assisté à un curage de nez en règle suivie par un attrapage a la mano de linguines, je renonce pour de bon à l’idée de me sustenter encore ce soir. La sauce crotte de pif, très peu pour moi.

20h05 : il veut descendre. Il se débat. Il chigne. Il me balance un coup de pied bien placé dans le tibia. La femme enceinte à côté de moi regarde la scène avec effroi.

20h06 : je capitule, il descend. Miracle, il n’en profite pas pour partir en courant aux quatre coins du resto, mais reste sagement dans mon champ de vision.

20h10 : les gens le regardent avec tendresse, il n’est pas si difficile, au final, ce petit blondinet. Moi, je mange quelques frites « foides » en finissant mon apéro.

20h12 : la dame à la table à côté plisse le nez, l’air dégoutée. Un truc pas frais, peut-être ?

20h13 : au contraire. Il y a en a un de truc frais, tout juste débarqué dans la couche de mon fils.

20h15 : mission évacuation de l’indésirable dans les toilettes pour dames. Pendant que je me débats avec un popo taille maxi (le genre qu’on a jamais à la maison, hein, ce serait trop facile avec tout le matos de nettoyage à proximité. Là, on y va comme les vrais, à la lingette !), j’observe deux jeunes femmes se remaquiller tout en parlant de leur tenue du soir, dont elles ont changé trois fois avant de venir (ce que, perso, je trouve exagéré pour l’endroit où nous nous trouvons, mais soit). Je me dis que moi, je suis partie sans même prendre une douche. Enfin j’ai quand même mis du rouge à lèvres, je suis donc bien en mode « girl’s night out ».

20h20 : après une lutte des plus âpres pour décoller Simon du sèche-mains Dyson, je retourne à table, où le serveur en a profité pour débarrasser la table. Je lis dans ses yeux les mots « Partez, maintenant ».

20h22 : il manque d’exécuter la danse de joie quand nous lui annonçons que nous ne prendrons pas de dessert, juste un café, et l’addition. Dans son empressement, il manque de trébucher sur un tracteur. La note, vite !

20h25 : je tente de boire mon expresso tandis que Simon se pend à mon bras gauche en répétant en boucle « Maman dodo, Maman dodo » d’un ton plaintif. Le jeune couple à côté discute ligature des trompes.

20h30 : l’addition est là, le serveur dans les starting-blocks avec son terminal CB. Mon amie paie tandis que j’habille Simon qui commence franchement à pleurer tout en criant de plus en plus fort « Dodo, dodo ». Je peux sentir les Tss, tss, tss désapprobateurs des autres clients glisser sur moi.

20h31 : mon amie propose de porter Simon le temps que je paie ma part et que je mette mon manteau. Il faut croire qu’en faisant cela, j’envoie à mon fils un message subliminal du style « je vais t’abandonner là et tu seras obligée d’apprendre à fourrer des calzones pour vivre » puisque celui-ci frise la crise d’hystérie tout en balançant des coups de baskets taille 24 à ma malheureuse amie.

20h35 : nous quittons le resto dans un grand « ouf » de soulagement général, et nous dirigeons vers le parking, où je m’excuse platement auprès de mon amie pour ce dîner express. Je tente de me justifier, il n’est jamais comme ça d’habitude, je ne sais pas ce qui lui prend, il est crevé, je pense. Heureusement, mon amie a deux grands enfants, et elle en a connu, elle aussi, des « walk of shame » comme celle que j’ai vécue en sortant du resto. Simon baille, réitère son « dodo », me montre la voiture. Ok, j’ai compris, on s’en va. Bisous, bonnes fêtes, je comprendrais que tu effaces mon numéro à peine assise dans ta bagnole.

20h40 : nous sommes sur le chemin du retour. Mon enfant soi-disant crevé est pump it up comme jamais, chante à tue-tête et me fait la visite guidée de tous les sapins croisés sur notre route (« ‘pin, l’est là ! » – oui, l’est là, le « pain », et aussi sous la table, dans mon sac à main et dans les cheveux de la voisine !).

20h45 : je fais la morale à Simon tandis qu’il gigote comme un fou sur la table à langer. Je lui enfile son pyjama, brossage de dents et hop, au lit ! Tu le voulais ton dodo, maintenant tu l’as, et je veux plus rien entendre. Réponse de l’intéressé : « Titi dodo Papy » … Oui, oui, on lui dira !

Il est 20h50 (bon entre temps 22h40 le temps que je rédige cet article et me tape le résumé détaillé de Rogue One par un Schatzi surexcité qui fait des bruits de sabre laser), je suis en pyjama et je regarde Artus ne pas mériter sa place en finale. Bref, je suis Maman, et des fois, je plane à vingt mille quand je planifie mes vendredis soirs.

Allez, demain, c’est plateau télé devant Miss France, et la seule honte à laquelle je devrais faire face, c’est celle de voter en douce pour Miss Lorraine (alors qu’officiellement, je soutiens Miss Alsace #fauxderche).

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