QUAND TA MEILLEURE AMIE ATTEND UN BÉBÉ

J’écris cet article alors que j’attends fébrilement à côté de mon téléphone qu’il veuille bien sonner pour m’annoncer que ma meilleure amie, celle qui m’accompagne depuis près de quinze ans sur le chemin de la vie, a enfin donné naissance à sa deuxième petite poupée.

Depuis le SMS de son mari, ce matin, vers 5h, difficile de penser à autre chose. Pourtant, j’ai l’impression de ne pas avoir été suffisamment présente tout au long de cette deuxième grossesse, du moins pas autant que pour la première, où je ne vivais plus que pour le jour où ma nièce de coeur daignerait enfin pointer le bout de son nez.

Forcément, entre temps, je suis moi aussi devenue Maman, ainsi qu’une tripotée d’autres copines. Même ma petite soeur s’y est mise ! C’est bien simple : en l’espace de deux ans, j’ai sûrement claqué davantage en cadeaux de naissance qu’en paires de chaussures (ce qui est un exploit quand on me connait un peu !). La grossesse, la maternité, l’arrivée d’un bébé se seraient-elles à mes yeux quelque peu banalisées, pour que je n’ai pas su m’investir autant cette fois-ci ?

Je ne pense sincèrement pas, j’accuserai pour le coup plutôt le quotidien, la vie qui défile à 100 à l’heure, les obligations professionnelles et familiales qui prennent le pas sur le reste et te font oublier d’envoyer un SMS ou de passer un coup de fil. Je m’en veux quand je pense que, cette fois-ci, je n’aurai pas vu ma meilleure amie (qui habite à deux heures de chez moi, pour ma défense) une seule fois enceinte. La seule fois où j’avais prévu une visite, j’ai dû l’annuler pour aller bosser le week-end. Dans la catégorie potesse de l’année, l’Oscar est attribué à « pas moi ».

Ce long préambule pour te dire que comme j’ai été en dessous de tout ces neuf derniers mois, j’ai eu envie de dédier un article à cette nouvelle vie qui s’apprête à commencer, alors que ma binôme est actuellement en train d’insulter du personnel hospitalier tout en menaçant son mari de castration chimique s’il ose un jour reposer la main sur elle. Plus exactement, j’ai envie de parler dans cet article de ce que j’ai ressenti, il y a 3 ans, quand elle m’a annoncé entre ma troisième et ma quatrième part de ses lasagnes maison que j’allais devenir Tata de coeur, et de la suite, aussi, de notre découverte commune de la maternité.

Quand ta meilleure amie t’annonce qu’elle attend un bébé, et qu’elle est qui plus est la première de ta A-list à franchir le pas, tu paniques un petit peu : est-ce que ce petit être qui viendra dans 9 mois s’incruster entre elle et toi ne sonnera pas le glas de votre amitié telle que tu la connaissais ? Trouverez-vous encore quelque chose à vous dire quand son plus grand sujet d’intérêt à elle sera Montessori et le tien Massimo Dutti ? Toi qui n’as même jamais porté de bébé dans tes bras, comment peux-tu lui promettre d’être pour cet enfant ce qu’elle attend de toi ? C’est comme si cette annonce te précipitait soudainement dans le monde réel des adultes, toi qui jusqu’à présent naviguais encore dans les eaux troubles et passablement alcoolisées de la post-adolescence tardive.

Passé ce petit moment de nervous breakdown, tu ne peux pas t’empêcher d’être fascinée par ce qui est en train de se passer. Celle que tu connais par coeur a désormais un petit coloc qui vit en elle, lui pompe son énergie et manifeste à grands coups de nausées son aversion profonde pour les brocolis. Son corps change, son ventre s’arrondit, elle te parle de petites bulles qui semblent éclater sous sa peau, te montre un petit nez qui se distingue sur une écho, et c’est plus fort que toi, tu pleures, tu es heureuse, tu te laisses envahir par ce bonheur à naître et par la folie de cette aventure, qu’après tant d’autres vécues ensemble, elle vit cette fois toute seule.

Quand tu connais le sexe, tu fonces chez Okaidi, tu claques ta prime de Noel en petits chaussons et en robes imprimé liberty. Tu commences à la cuisiner sur le prénom, tu sais qu’elle ne craquera pas mais c’est la première fois que tu es fière qu’elle ne partage pas son secret avec toi. Tu la réconfortes quand elle se trouve grosse, tu lui fais livrer des fleurs quand une vergeture (imaginaire) lui fait la misère, tu lui répètes qu’elle rayonne, qu’elle n’a jamais eu les cheveux aussi brillants, les seins aussi rebondis (les pieds aussi énormes, aussi, mais ça, tu ne lui dis pas !).

À l’approche du terme, tu commences à te réveiller la nuit, à checker ton portable, à envoyer frénétiquement des textos à l’affût d’un bouchon muqueux perdu ou d’une contraction musclée. Tu te demandes pour la première fois à qui il ressemblera, le divin enfant. Et puis s’affiche sur l’écran le numéro de Monsieur BFF, qui ne t’appelle pourtant jamais, et là, tu sais que ça y est, on y est.

Bébé est là, tu as campé devant la mat et tenté de soudoyer une demie-douzaine d’aides-soignantes : « Je te donne mes Louboutin si tu me laisses rentrer en dehors des horaires de visite ». Pieds nus, donc (la septième aide-soignante a craqué), tu rentres dans la chambre et là, tu le découvres, ce miracle de la vie, cette petit chose minuscule qui semble se noyer dans son pyjama, cette merveille, ce bijou. Tu ne les vois pas, les traces de ventouses sur sa tête, ni son nez encore un peu écrasé par l’emprunt d’un couloir bien trop étroit pour une grosse tête humaine (va falloir quand même qu’un jour la nature réfléchisse sérieusement à un plan B question issues de secours intra-utérines). Toi, tu ne vois qu’un chef d’oeuvre.

Les temps qui suivent, c’est silence radio. Enfouie sous le linge sale, les biberons à laver et les couches fourrées au jaune d’or grumeleux, elle est bien loin, celle qui jadis te tenait les cheveux pendant que tu vomissais ton surplus de vodka. Elle nettoie toujours du vomi, mais c’est plus le tien, et elle semble surtout débordée, les hormones en chute libre et le moral dans les chaussettes face à l’ampleur de la tâche qui lui incombe désormais pour les dix-huit prochaines années. Tu lui dis qu’elle assure, qu’on dirait qu’elle a fait ça toute sa vie, que tu ne serais pas capable d’accomplir la moitié de ce qu’elle gère au quotidien. Tu lui proposes de garder le bébé, elle refuse, tu n’en prends pas ombrage. Six mois plus tard, c’est elle qui revient vers toi, c’est leur anniversaire de mariage, si jamais tu pouvais… Tu acceptes, bien entendu.

Ce que tu as oublié de dire, c’est qu’entre-temps, toi aussi, tu t’es laissée aller à tes envies de maternité. C’est prévu pour janvier, et désormais c’est elle qui t’inonde de textos, qui pronostique le prénom et sèche tes larmes quand tu commences à ne plus voir tes pieds. A tes yeux, elle a la science infuse, ses quelques mois d’expérience sur toi la désignent d’office grande prêtresse du post-partum. Elle te forwarde des liens sur la gestion des flatulences pendant l’accouchement, et profite de la tétée de 3h pour répondre à tes mails bourrés d’interrogations existentielles sur le Bisphenol-A et les bodies coeur-croisés.

Elle est ton encyclopédie géante (par la connaissance, hein, pas par la circonférence du popotin… Je précise parce que la connais, l’animale !), une version zéro filtre de Magic Maman, la seule qui te parle sans tabou de l’épisiotomie ou ose te conseiller l’usage préventif d’un suppo de glycérine.

Pendant ce tourbillon qui dure 9 mois, elle est ton roc. Comme tu l’as été pour elle avant, comme vous l’avez été l’une pour l’autre pendant quinze ans.

Les priorités changent avec l’arrivée des enfants. Mais toi, Elodie, sache que même si je ne te l’ai pas assez montré ces derniers mois, tu es, et tu resteras, l’une de mes priorités. Pour le moment, je te laisse à des contractions et à ton outrage à agent du service public (« Vous allez me la faire, cette p**** de péridurale, b*** de m*** de b*** de c*** ! »), et je retourne à la contemplation frénétique de mon écran de portable en attendant, pour la deuxième fois, le SMS libérateur qui fera de ce 22 novembre un nouveau jour inoubliable dans mon calendrier perso.

NB: J’ai écrit cet article hier mais j’ai attendu que la nouvelle de la naissance soit officielle pour le poster. Bienvenue donc à Lucie, nouvelle venue au sein de la communauté des Enfants des Merveilles !

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