CELLE QUE JE VOULAIS ÊTRE

 WARNING : post au taux d’hilaritude relativement modéré et à fort pourcentage d’auto-introspection, mais bon, il en faut parce que dans la vie, il pleut pas toujours que des confettis.

En 1991, elle avait une jupe rose qui tournait, des barrettes Petit Poney dans les cheveux et sa carte de membre au club des amies de Barbie. Elle avait la plus belle collection de totoches de toute la cour de récré et le jour de son anniversaire, son nom dans le générique de fin du Club Dorothée. Mathieu, le plus beau de la classe, était son amoureux et grâce à sa grande soeur, elle écoutait Bruel ou la B.O du film Bodyguard. Elle savait faire des bulles avec son Malabar et portait un cycliste imprimé liberty sous son t-shirt LC Waikiki.

En 1995, elle avait des élastiques fluo sur son appareil dentaire, sa place pour le concert des Worlds Apart et un tamagotchi dans la poche de son manteau Chipie qu’elle oubliait régulièrement de nourrir. Elle avait le droit de regarder Hélène et les garçons, même si c’était con, et de porter des pantalons trompette, même si c’était moche. Elle portait des Doc Martens et crânait parce qu’elle ne pouvait pas aller à la piscine à cause de ses « trucs ». Elle avait un disc-man, dans lequel elle écoutait Wannabee en boucle en se prenant pour Ginger Spice. Elle portait des Buffalo et pendant le séjour chez les correspondants allemands, elle avait embrassé un grand blond nommé Jürgen sur la bouche.

En 1999, elle portait ses cheveux plaqués sur le crane, avec deux petites mèches sur le devant du front. Elle mettait du gloss à la framboise et quand elle passait près de nous, on sentait les effluves de « Garçonne », de Eau Jeune. Elle avait une besace Viahero aussi noire que le collier tatoo qu’elle portait autour du cou. Elle avait déjà été dans une boum, et avait même pour l’occasion porté des talons. Elle avait un sweat Champion USA qu’elle portait à même la peau sur son soutien-gorge de chez Etam Lingerie. Ses boutons à elle partait avec de l’Eau précieuse. Elle connaissait par coeur les paroles de « Stan » d’Eminem, et on lui prêtait parfois des airs de Kate Moos.

En 2003, elle écoutait Linkin Park à fond dans le tout premier Ipod, jouait à Snake sur son 3310 à coque personnalisée et portait le sweat-shirt de son mec par dessus sa jupe plissée à tissu écossais. Elle avait son permis et une Clio MTV héritée de sa mère. Elle chattait sur Caramail, son pseudo, c’était « crazygirl85 » et elle recevait des tonnes de demandes « ASV ? ». Elle avait déjà pris une cuite à la Despe et fumait des clopes en soirée, avant de camoufler l’odeur avec un chewing-gum Airways super mentholé. Son sac Eastpak était plein de dédicaces au marqueur noir, et le week-end, elle accompagnait parfois sa grande soeur en boite.

En 2006, elle faisait Erasmus à Londres, étudiait l’anglais, un peu, les Anglais, souvent. Elle portait des escarpins à bouts pointus, avait les cheveux lisses comme des baguettes, même sous la pluie, et un pliage de chez Longchamp où ranger son portable à clapet. Elle alimentait son Skyblog de photos d’elle en soirée. Elle avait un goût prononcé pour la vodka et la junk food, l’un épongeant souvent l’autre d’ailleurs, et avait vu Bob Sinclar mixer à Amsterdam. Elle profitait des bons plans Ryanair pour visiter l’Europe avec ses copines et laissait dans son sillage des notes d' »Angel » de Mugler.

En 2010, elle maniait le combo perfecto-slim-low boots comme personne, son smokey-eye planqué sous une épaisse frange brune, un cabas Vanessa Bruno pendu à son bras. Après son cours de zumba, elle rejoignait ses potes perchée sur son Vélib pour boire un Mojito et pianotait sur son Iphone 4 en attendant qu’ils arrivent. Elle commençait à acheter bio et voulait apprendre à déguster du vin. Ses lunettes à monture épaisse sur le nez, elle regardait ses séries en VO et, les jours de flemme, rassemblait sa crinière en un gros bun informe sur le sommet de son crâne.

En 2016, c’est une fit mum. Elle mange des smoothie bowl au petit déjeuner, qu’elle prend en photo pour les poster sur Instagram. Elle porte des Stan Smith avec une jupe mid-size, et ses cheveux ondulent façon sortie de plage même par moins 5 degrés. A peine sa rééduc du périnée terminée, elle a repris le cross-fit, et court dans le parc en poussant sa poussette Xplory de chez Stokke. Elle n’achète ses légumes qu’au marché, où elle va à pied, un tote bag sur l’épaule, un casque old school sur les oreilles. Elle a un job sympa, des responsabilités, mais suffisamment de temps pour ne jamais louper le baby yoga du jeudi. Elle retrouve ses copines une fois par mois pour une soirée « filles » où elles boivent des Spritz en parlant des fesses de Ryan Gosling. Elle a des fausses chaises Eames et des meubles en vrai bois, du chou kale dans son frigo et de l’eau de coco dans son verre.

Cette fille, celle que je voulais être quand j’avais 6, 10, 14, 18, 21 ans… 31 ans…

Cette fille qui me poursuit, qui fait toujours tout mieux que moi…

Cette fille dont le nez ne ressemble pas à la pyramide de Gizeh, dont les mollets rentrent dans des bottes, dont les cheveux n’ont pas leur libre-arbitre…

Cette fille sociable, entourée, capable de parler à de parfaits inconnus sans ressentir au fond d’elle-même de la gène d’être ce qu’elle est…

Cette fille capable de se regarder à poil dans le miroir…

Cette fille à qui vont les jupes crayon et les jeans boyfriend…

Cette fille dont la culture cinoche va au delà de Dirty Dancing, et l’horizon musical plus loin que David Guetta…

Cette fille qui lit des livres à ses enfants, les emmène voir des pièces ou des expos et n’a jamais eu recours à Peppa Pig pour canaliser un gamin surexcité…

Cette fille qui sait rester sexy pour son mari, qui porte un body Princesse Tam Tam sous son pull et ne loupe jamais son RDV chez l’esthéticienne…

Cette fille que l’on salue quand elle arrive, dont les gens se souviennent du nom…

Cette fille pas transparente qui marque les esprits et suscite les convoitises…

Cette fille qui doit sûrement parfois se sentir un peu naze, un peu nulle, un peu en dessous de tout, mais qui est suffisamment forte pour ne jamais le montrer…

Cette fille que je ne serai jamais, car j’ai été livrée sans l’option « confiance en moi », et que malheureusement, comme le disait Brassens, le temps ne fait rien à l’affaire…

Cette fille que je voudrais pourtant être moi, même un tout petit peu (quoi que j’ai des meubles en vrai bois, donc on va dire un point pour moi)…

Je ne suis pas cette fille, celle qu’on remarque, celle qu’on envie, celle qui inspire. Je ne suis pas capable de me trouver jolie, intéressante, intelligente. Drôle, à la rigueur, et encore, on peut pas dire que ce soit l’éclate, cet article.

Je rêverai toujours d’être plus grande, avec un nez plus fin, des hanches moins larges et des cheveux qui tombent comme dans une pub L’Oréal quand je défais mon chignon (en même temps, je sais même pas me faire un chignon).

J’aurai toujours l’impression de ne pas être à la hauteur et de pouvoir mieux faire sans y parvenir.

Peut-être aurais-je un jour suffisamment confiance en moi pour dépasser mes complexes, assumer qui je suis et croire en mon potentiel. Il paraît que cela vient avec l’âge, mais bon, moi, ça fait depuis le CP que j’attends, alors self-confidence, si tu pouvais te magner un peu le popotin, ce serait sympa.

En attendant, je ne suis pas cette fille que j’aurais aimé être. Je mange trop de Schoko-bons, je loupe trop souvent mon cours de CAF et je ne peux définitivement pas porter de jupe au genou, la faute à une expansion massive de mollet survenue à l’adolescence par le truchement de la puberté. Je bois trop de Coca Light, je privilégie trop souvent mon panier de repassage à une sieste crapuleuse et ma voiture, que j’utilise beaucoup trop, est toujours sale. J’oublie les sacs quand je vais en courses, mes cheveux gonflent dès que le temps est humide (indépendants, les mecs, je te dis !), je ronge mes ongles et ça me gonfle un peu de jouer aux tracteurs avec mon fils.

Non, décidément, je n’ai rien de cette fille que je voulais être.

Mais à défaut d’être la fille que je voulais être, j’ai la vie que je voulais avoir, et ça, je crois qu’au final, c’est le plus important.

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