LETTRE A TOI, NULLIPARE

Chère Nullipare,

Peut-être es-tu trop jeune. Peut-être ne te sens-tu pas prête. Peut-être même ne veux-tu pas du tout d’enfant. Peut-être que tu n’as pas encore rencontré ton prince charmant, ou que tu l’as rencontré, mais qu’il n’est pas si charmant que ça, au final, en tout cas pas au point d’unir à jamais ton destin au sien avec une descendance commune. Quelle que soit ta raison, il faut que je m’en fasse une, moi, de raison : à moins que tu ne sois l’un de mes copines faisant sa B.A. en lisant mes articles dégoulinants de lait maternel, si tu n’as pas d’enfant, il y a peu de chances que tu ne lises cette lettre un jour.

Pourtant, j’ai quand même envie de t’écrire, ici, maintenant, parce qu’il y a tellement de choses que j’aurais aimé qu’on me dise à moi, à cette époque qui me semble lointaine où je ne vivais que pour moi, où j’étais seule maître de mon emploi du temps, de mon sommeil, de mon budget. On ne sait jamais, peut-être que ma bouteille à la mer t’atteindra quand même et que tu t’en souviendras le jour où, s’il arrive, tu décideras de balancer ta pilule au vide-ordures.

Chère Nullipare, pourquoi te priver de cette séance de manucure, de ce petit top ou de cette charmante paire de bottines bordeaux ? Tu crois que je me pose la question, moi, quand je dépense chaque mois le PIB du Botswana en couches et en compotes ? Profite du superflu, avant que le nécessaire ne prenne trop de place dans ton budget pour que tu puisses encore le faire.

Chère Nullipare, sors, vas boire un verre, vas voir un film, une expo, une pièce. Ton temps n’appartient qu’à toi (en dehors des quelques heures par jour que tu consens à filer à ton boss), tu n’as pas de repas du soir à préparer, de bain à superviser, d’horaires de coucher à respecter. Sors, avant qu’il ne soit trop tard, et s’il faut encore un argument pour te convaincre, sache que nous sommes le 12 novembre 2016 et que le dernier film que j’ai vu au ciné, moi, c’est Star Wars 7.

Chère Nullipare, saute des repas si tu n’as pas faim, fais-toi un bol de céréales si t’as la flemme, considère le houblon comme l’un des 5 fruits et légumes réglementaires si ça te chante. Vite, trop vite, ce n’est plus toi qui décidera de l’heure ou du contenu de tes repas, crois en la douloureuse expérience de celle qui vit avec un estomac sur pattes pour qui à 18h45, c’est l’heure, et à 46, c’est plus l’heure. Gare à moi si je ne nourris pas le fauve dans la minute, et avec des patates et de la barback, SVP, parce que la soupe, c’est pour les faibles. Fini le temps où il se délectait de mes purées maison…Du coup, j’ai deux choix : soit c’est steak-frites pour tous (et je dis adieu à mon 36), soit je cuisine x 2. Dans tous les cas, elles sont bien loin, mes cracottes au Saint Môret d’antan.

Chère Nullipare, ose cette jupe un peu courte, ce décolleté un peu plongeant, ce dos-nu un peu provocant. Tu m’imagines pas ce que neuf mois de gestation peuvent faire à ton corps et, par extension, à ta confiance en toi. Tes seins ne seront jamais aussi fermes, ton ventre jamais aussi plat, tes traits aussi reposés que maintenant. Alors fais péter les gambettes, ma belle, parce qu’un jour, tu le regretteras, ton corps d’aujourd’hui.

Chère Nullipare, lance la musique à fond, danse sur ton canapé, mate « Game of Thrones » sur ta télé 52 pouces. Moi, je module les décibelles parce que le petit dort, j’engueule le grand qui saute sur le fauteuil, et je n’ose même pas regarder 2 Broke girls au salon pour protéger les chastes oreilles de ma progéniture. Tu n’as encore personne à qui servir d’exemple, personne à qui apprendre les règles de la vie, détourne les sans te priver. La seule chose pour laquelle tu dois faire preuve d’autorité envers toi-même, pour le moment, c’est pour t’empêcher d’acheter des Crocs (je sais, ça a l’air confortable, mais si Carrie Bradshaw avait privilégié le confort au glamour, la série se serait appelée « Abstinence and the City »).

Chère Nullipare, à la lecture de cette lettre, tu dois croire que je regrette ma vie d’avant. J’envie ta liberté, certes. Des fois, je regrette les Mojitos en terrasse, les restos improvisés et le fait de refiler mon argent à Sandro plutôt qu’à Pampers.

Mais j’envie surtout le fait que tu aies encore devant toi la folle excitation de balancer ta progestérone à la corbeille pour démarrer une nouvelle vie sans paillettes, ni ombrelle à cocktails, mais avec une petite main qui serrera la tienne, des « Mamans » qui étreindront ton coeur et le rôle de ta vie à vivre.

Chère Nullipare, j’ignore si un jour, tu seras prête, mais tu sais quoi ? Si ça arrive, lève ton (dernier) verre bien haut et réjouis toi d’avoir vécu à fond le premier chapitre. Je te promets que le prochain est passionnant (et fatiguant, un peu. Beaucoup. VRAIMENT beaucoup).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :