L’ANGOISSE DE LA PAGE BLANCHE

Quand j'ai commencé ce blog, j'avais l'impression que je n'aurai jamais assez d'une vie pour coucher sur le papier (plus exactement sur mon clavier) toutes les idées d'articles qui me passaient par la tête. Je me voyais déjà blogueuse populaire, recrutée par les marques, relayée sur les réseaux sociaux, suivie par des milliers de fans et pas loin d'abandonner mon job pour vivre de ma plume. J'exagère, mais à peine, tant les espoirs que je fondais sur cette page étaient grands.

Après tout, j'en voyais des dizaines, des blogs de Mamans cartonnant sur la toile : des drôles, des tendres, des instructifs, des créatifs, et même des (ne nous voilons pas la face) carrément barbants, où le fait que la petite dernière est pris son bain sans éclabousser partout constitue THE breaking news de la semaine (et le pire, c'est les 559 personnes qui likent le post en question !). Tous semblaient trouver leur public, à en juger par leurs nombres affolants de "followers", comme disent les djeuns, leurs concours à foison et leurs collab' avec les plus grands noms du PEP (paysage éducato-puéricultien). Pourquoi pas moi, donc ?

Bon, force est de constater que je suis un peu passée à côté du sujet : un an bientôt ; un score certes honorable de 622 fans (que j'aime cependant d'amour et que j'embrasse) mais obtenu, ne nous le cachons pas, en grande partie grâce à des posts sponsorisés ; et la visibilité d'une canette de 33 cl à la fête de la bière de Munich.

Faut dire que je ne raconte rien que quiconque ayant des enfants ne connaisse pas, et que donc, par définition, et pour parler business deux minutes, je n'offre pas vraiment de valeur ajoutée comparée à l'offre déjà existante sur le "marché". En plus de ça, et suite à un bouleversement professionnel pas vraiment prévu, on ne peut pas dire que la régularité soit l'une des qualités premières dans l'animation de cette page. Et ça, c'est con, mais c'est quelque chose que l'humour, aussi énorme soit-il (oui, je me lance des fleurs mais je suis très bon public pour moi-même), ne peut pas rattraper. Tu as beau faire marrer ton monde, si c'est une fois tous les tremblements de terre, on aura vite fait de te zapper.

A cela s'ajoute un autre syndrôme que je développe ces temps-ci, c'est lui du manque d'inspiration.

La mode enfants ? Oui, mais l'achat d'une maison, couplé au fait que Simon stagne depuis des siècles au 23 mois, fait que j'ai quand même dû sacrément freiner sur le shopping.

Ma vie de Maman ? J'ai l'impression de me répêter : oui, c'est dur, mais oui, c'est cool, et oui c'est fatiguant, mais oui, c'est que du bonheur. Et en plus, je me sens quand même un peu couillonne de me vendre en desperate working mum avec un seul gamin et un poste même pas à responsabilités. 

Ma vie de belle-Maman ? Plus grand chose à en dire, les choses stagnent, ce n'est pas au bout de 6 ans que cela va soudainement évoluer, et je pense que je peux remiser pour de bon mes rêves de famille recomposée parfaite pour me contenter de ce status quo confortable mais au final assez superficiel. 

Les découvertes de Simon ? Il en fait mille par jour, mais si je suis honnête avec moi-même, je sais bien qu'il n'y a que Schatzi, moi, et éventuellement nos parents respectifs, pour s'extasier sur le fait qu'il comprend "nombril" en deux langues. 

Les activités que je fais avec lui ? Bien sûr, je pourrais te parler de cette merveilleuse balade que nous faisons quotidiennement ensemble sur une autoroute embouteillée, des 8km que nous parcourons en 1h et la course qui s'en suit pour boucler le bain, la demi-heure de jeu réglementaire et le repas (toujours une partie de plaisir…) avant qu'il ne soit l'heure d'aller au lit. Je pourrais aussi te raconter comment je lui permets d'explorer sa créativité en le laissant remplir la boite aux lettres de cailloux pendant que j'arrose ou de développer son goût pour la cuisine avec un tupperware vide et une cuillère en bois en m'extasiant après sur les saveurs envoutantes de son "rien sauce nada". Bref, tu l'auras compris, chez nous, c'est rarement pâte à sel et herbier, c'est plutôt "prends ce que t'as sous la main et occupe toi".

Moi ? Bien qu'au final, j'en parle tout le temps, c'est toujours moi la Maman, parce que sur moi, le reste, j'ai pas grand chose à dire. Ah si, j'ai remarqué ce matin que les collants opaques donnaient l'impression que je n'avais pas de genoux. Les détails de l'affaire seront communiqués par l'AFP. 

Bref, je sais plus de quoi te parler pour pas t'ennuyer, et je me fous toute seule le stress en mode "oh mon Dieu, mon Dieu, ça fait trois jours que t'as rien écrit, et t'as rien à dire, Simon vite, fais un truc trop intéressant genre parler ou jouer Debussy au clavecin, que j'ai du grain à moudre pour mon prochain article !". Après, je découvre que j'ai perdu un fan sur Facebook et je passe la journée à analyser ce que j'ai pu dire, faire ou écrire pour que ce gus se dise "Y'en a marre de celle-là, allez hop, je delike !". Ensuite, je vois tel ou tel post d'une autre blogueuse qui récolte 125 likes pour une photo de sa gamine allongée sur le canapé, et je me dis que WTF, c'est quoi le problème, il est pas assez beau pour avoir 125 likes, mon fils (ou mon canapé) ? Je vois Machine qui participe à un rassemblement de Mamans du web, ou Bidule qui se tape trois jours à Disney tous frais payés, et je me demande où elles ont le temps de caser toutes ces sorties, entre le taf, la maison et la famille.  

Pour finir, je me dis que je dois vraiment avoir rien compris au monde du web, avec mes photos Iphone filtrées Instagram et mon Overblog un brin ringardos. Je me dis que si je me reprends pas, je vais être aspirée dans le méandre des blogueuses à jamais confidentielles qui écrivent pour, en gros, leur mec, leur mère et leur meilleure amie. Je me dis que je dois me faire un planning de sujets, prévoir un relooking de ma page, réfléchir à comment fêter mon 1er anniversaire à la mesure de mes moyens (je me fais peu d'illusions sur le fait qu'une marque sponsorise ce premier jubilé). Je me dis que j'ai quand même pas envie d'arrêter, parce que ça me plait, à moi, d'écrire. 

Et ça, tu vois, ça me fait un article long comme mon bras, que tu viens quand même de lire jusqu'au bout. Je t'ai eu, angoisse de la page blanche…Jusqu'à la prochaine fois. Mais…en attendant…

DANSE DE LA VICTOIRE, DANSE DE LA VICTOIRE !!

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