NE JAMAIS DIRE JAMAIS

Dans la vie, il y a deux mots qu'on utilise carrément à l'outrance, ce sont "toujours" et "jamais".

Je t'aimerai TOUJOURS (jusqu'à ce que le sosie de Gisèle Bundchen nous sépare)…

Plus JAMAIS je ne porterai de salopette (sauf si Gisèle Bundchen me dit que c'est la mode)…

Je serai TOUJOURS fan des Worlds Apart (moi à 11 ans)

Je suis TOUJOURS fan des Worlds Apart (moi à 31 ans… Que veux-tu, je suis fidèle !)

Je n'aurai JAMAIS les moyens d'acheter ce manteau (mais je le prends quand même, je m'arrangerai déjà avec mon banquier)

Bref, on utilise ces termes à tort et à travers et c'est encore pire une fois qu'on est devenus parent. Je t'ai déjà parlé des promesses que je m'étais faites quand je suis tombée enceinte (ici…et oui, je sais que je te dois toujours le tome 2). Eh bien les "jamais" et les "toujours", c'est un peu le communiqué de presse de ces promesses. Une fois que tu as balancé à la moitié de la planête que JAMAIS ton fils ne mangera de Nutella parce que c'est bourré d'huile de palme, difficile de revenir en arrière même si le fiston en question te colle la honte de ta vie à la fête de l'école en piquant la colère du siècle devant le stand de crêpes. 

De la même manière, tu as intérêt à manipuler ces adverbes avec la plus extrême précaution lorsque tu tapes la causette avec d'autres parents, parce que tu peux très vite basculer dans la catégorie des MILK (mother I would like to kill). Petit exemple : ton gamin a bientôt deux ans et un farouche besoin d'affirmation qui se traduit par un refus catégorique d'avaler tout ce qui n'aurait pas la forme, le goût ou la texture d'un gâteau au chocolat (toute ressemblance avec des faits ou des personnes existants est fortuite. Ou pas). Et là, une pote (qui n'en sera bientôt plus une) te sort que sa propre progéniture, elle, n'a JAMAIS fait aucune difficulté pour manger et que les repas sont TOUJOURS une vraie partie de plaisir. Dans la mesure où la progéniture en question a inauguré la carotte il y a environ deux semaines, tu hésites entre donner un coup de pied dans sa poussette ou l'étrangler avec son écharpe de portage (note le côté consensuelle de la meuf qui en distribue autant aux mamans porteuses qu'aux quatre roues motorisées). 

Je me souviens d'avoir moi aussi employé le "toujours" et le "jamais" que d'aucuns qualifieront de "fatigante" (foutrement chiante, tu peux le dire !). Simon ne s'était JAMAIS interessé à la télé…jusqu'au jour où j'ai capté qu'il reconnaissait le générique d'Une Nounou d'enfer (qu'il s'est, pour sa défense, largement tapé au cours de sa vie in utero). Simon était TOUJOURS calme sur la table à langer…jusqu'au jour où j'ai envisagé d'investir dans une camisole de force pour réussir à lui scotcher sa couche. D'ailleurs, j'en profite pour adresser un message à tous ceux qui ont souffert de près ou de loin de ma "toujourétite aigue". Mea culpa, j'étais jeune et pleine d'illusions. Allez, si vraiment ça soulage, insultez-moi mentalement pendant une minute.

C'est bon, t'as fini ?

Purée, c'est long une minute !

Voilà, l'instant "punition collective" est passé et je vais tenter de fournir une explication rationelle à tout ça. En fait, quand t'es parent d'un enfant en (très) bas âge, tu as tendance à considérer que ton tout petit bout d'homme est déjà dôté de sa propre personnalité et de sa propre échelle de valeurs alors qu'en fait, ben c'est juste un bébé qui mange, qui dort et qui tente visiblement de relancer la production mondiale de popo. Donc, par définition, c'est pas DU TOUT, DU TOUT, DU TOUT la même personne que tu auras en face de toi dans 1, 3, 6 ou même 10 ans.

Difficile à croire, mais ce n'est parce qu'il se régale de son insipide purée d'épinards pas salée à 5 mois qu'il te la jetera pas à la tête un an plus tard. Que ce n'est pas parce que tu as essayé de ne pas allumer la télé devant lui au cours de sa première année d'existence qu'il ne se prendra pas subitement de passion pour, disons, une certaine petite cochonne un brin bécheuse en kif sur les flaques de boue. Que ce n'est pas parce qu'il montre un intérêt certain pour les chiffres (il appuie en boucle sur la touche de son tapis d'éveil qui dit "1, 2, 3") qu'il chopera le Nobel de mathématiques (je suis sûre que tu te voyais déjà dans la salle, vêtue d'une sompteuse robe rouge à paillettes, applaudissant à tous rompres ta fabuleuse progéniture…Comment ça, la remise du Nobel, c'est pas comme aux Oscars ?).

Pour résumer, ce n'est pas parce que ton gamin n'a JAMAIS eu de problème à dormir que tu es à l'abri d'un épisode prolongé de terreurs nocturnes, ou que ta fille a TOUJOURS aimé prendre son bain que tu ne vas pas te retrouver d'un coup à essayer de coller une gamine hystérique dans 10 cm d'eau de mer. Un enfant, c'est un être humain en construction, donc par définition un terrain mouvant, miné, et aussi fiable que les prévisions météo de W9. 

Donc, sauf dans la phrase "ça peut TOUJOURS changer", on y va mollo sur les prognotics à long terme et on se rappelle que derrière ce parent épuisé par son gamin qui tape tout ce qui bouge, il y en a un autre, plus jeune de quelque mois, qui te vantait alors l'incroyable sociabilité de son lardon. Et ces dires-là, on évite de lui rappeler, parce…ben…on sait JAMAIS. 

 

 

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