DADDY’S NOT HOME

Suite à la publication hier d'une photo de Simon tout tristounet suite au départ de son Papa en déplacement, une Maman qui suit ma page Facebook a réagi en m'expliquant que chez eux, c'était toutes les semaines comme ça : lundi, Papa part, et laisse Maman et petits loulous seuls jusqu'au vendredi suivant. 

Outre l'immense respect que j'ai pour elle, de gérer ainsi 5 jours sur 7 tout ce que normalement, on gère à deux, cela m'a ammené à réfléchir sur toutes ces femmes courage qui voient partir leur conjoint pour une nuit, une semaine, ou deux, ou trois, ou même plusieurs mois, et assument tout, toutes seules, tout le temps.

Mon Schatzi à moi a, en gros, deux périodes dans l'année où il enchaîne les déplacements, d'août à fin octobre, puis de nouveau en janvier février. Le reste de l'année, j'en conviens, il a des horaires plutôt pénards, est beaucoup à la maison et participe activement aux tâches de la vie quotidienne (même si nos visions de "faire le lit" sont irrémédiablement opposées). Mais quand je vois arriver cette vague de déplacements, que je me prends dans la tronche à chaque retour de vacances, c'est souvent la grosse déprime qui s'installe.

Je me souviens quand nous étions un jeune couple qui ne vivait que l'un pour l'autre, et que vivre sans lui trois mois dans l'année me semblait inconcevable. 

Je me souviens d'anniversaires fêtés en solo, parce que cette idiotie de salon de Bern tombait en même temps que mon D-day. 

Je me souviens quand, à peine mariés, il est reparti aussi sec pendant dix jours, et que je suis restée là, brûlant de regarder les photos du mariage que le photographe m'avait justement envoyées le lendemain de son départ et qu'on s'était promis de découvrir ensemble. 

Je me souviens aussi quand, enceinte de 6 mois, je l'ai vu partir non stop pendant un mois durant, louper l'écho morpho du deuxième trimestre et le RDV chez la gynéco qui m'a fait passer de grossesse qui se passe bien à grossesse á surveiller, et m'a envoyé faire un séjour prolongé sur mon canapé. 

Je me souviens qu'à chaque fois, je pleurais, je pestais comme ce maudit boulot qui l'éloignait de moi, je cherchais du réconfort dans le sport, les sushis ou le binge-watching de New Girl. 

Je me souviens de m'être beaucoup lamentée sur mon sort de femme encore plus abandonnée que le capitaine d'Emile et Image. 

Et puis, j'ai eu Simon. 

Soyons clair, l'an dernier, du haut de ses quelques mois, il n'a quasiment pas capté que son paternel manquait à l'appel des semaines durant. Moi par contre, si, parce que gérer les poussées dentaires et les terreurs nocturnes en solo, c'est, comment dire…Tu imagines une virée à Disneyland où tu séjournerais dans le super hôtel qui donne sur le parc et où tu peux déjeuner en VIP avec Mickey ? Ben l'inverse. Mais bon, je l'ai fait, je suis pas mourru, Simon non plus, et la vie a continué.

Par contre, cette année, mon petit lapin a 20 mois, et c'est devenu difficile de faire passer en douceur la pilule du "Papa pas là". Et là, tu vois, j'ai découvert une autre catégorie de souffrance, celle d'assister impuissante au chagrin de mon fils. 

J'ai vu Simon pleurer devant Peppa Pig à chaque apparition de Papa Pig.

J'ai entendu Simon, assis dans son lit, appeler en boucle son "Paaa" en espérant qu'il finisse par monter lui dire que ça suffit, c'est l'heure de dormir.

J'ai observé Simon guetter chaque voiture, le samedi où son père devait rentrer, courir comme un fou en pensant entendre la porte, tomber, et pleurer tant de la chute que de la déception de ne pas la voir s'ouvrir.  

J'ai consolé Simon quand, après vingt minutes de baragouinages hystériques au téléphone, Schatzi avait raccroché et qu'il ne lui restait plus que le "Bip, bip, bip" de la ligne coupée. 

J'ai vu cela cette année, et je verrai pire l'an prochain, parce qu'il comprendra encore mieux, encore plus, et que ce sera d'autant plus difficile. 

Je n'oublie pas non plus la peine de Schatzi, et de tous ses Papas partants et partis, et combien cela doit être difficile de laisser derrière soi ses êtres aimés, en les sachant malheureux. 

Je ne l'oublie d'autant plus pas que cette semaine, moi aussi je pars, et que pour Simon, ce sera double peine. Pas de Maman, pas de Papa, même avec Mamie à la place, c'est quand même pas rigolo quand on a même pas deux ans. 

Comment gérer tout ça ?

Parler, bien sûr, beaucoup.

Expliquer pourquoi, où, combien de temps on part.

Rassurer sur le fait qu'on pensera bien à lui, qu'on continuera de ne vivre que pour son sourire.

Ne pas tomber non plus dans le mélo, parce qu'il n'y a rien de pire que de dramatiser une situation déjà pas facile.

Garder pour soi les "tu me manques", "je pense tout le temps à toi", "je voudrais te serrer dans mes bras", même s'ils nous brûlent les lèvres, et plutôt lui demander ce qu'il fait de super avec Mamie, s'il a bien bricolé avec Papi ou si Doudou Lion a été sage aujourd'hui.

Lui raconter ce que nous, on fait, qu'on a vu un énorme chariot élévateur ou un camping-car de 15 m de long (que je vous resitue, l'action se passe dans une famille spécialisée dans les salons des véhicules de loisirs. Des caravanes, quoi. Défense de rire).

Ne pas lui promettre de lui ramener quelque chose alors qu'on sait bien qu'en vrai, on aura à peine le temps de sortir se chercher un sandwich.

Lui promettre qu'on y retournera, un jour, ensemble, à Paris, Düsseldorf ou Barcelone, et qu'on lui montrera tout ce que nous, on voit en ce moment, qu'on redécouvrira tout cela ensemble. 

Schatzi, il gère bien lui, parce qu'aussi il a l'habitude d'être séparé de l'autre chair de sa chair beaucoup, beaucoup trop souvent. Mais moi, je vous promets rien, je vais essayer de mettre ces beaux conseils en pratique. Du coup, ce déplacement signifie aussi une nouvelle mise en parenthèses de ce blog, mais je me réjouierai d'avoir vos expériences sur la question :

Vous partez aussi des fois en déplacement ? Ou bien votre conjoint, votre mari ? Comment gérez-vous ? Des conseils à partager ? 

En tout cas, à toutes ces Mamans qui vivent ce que je vis à ma toute petite échelle, j'adresse un grand, un immense coup de chapeau. Les filles, de tout mon coeur, sachez-le : vous déchirez. 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :