NON MAIS EN VRAI, JE FLIPPE

Je me la joue décontract comme ça, mon verre de Rosé pamp’ à la main, quand je lance nonchalamment entre deux poignées de Curly bâtonnets de carotte bio trempés dans du fromage blanc : « Non, mais ça nous inquiète PAS DU TOUT que Simon parle pas. Chaque chose en son temps ! ». J’ai l’air tellement sûre de moi qu’on y croirait, que je me fiche totalement qu’il ne dise même pas correctement Papa à bientôt 19 mois.

Je vais te confier un secret : en vrai, je flippe. Ca me travaille même tellement que j’ai fait ma gourdasse 2.0 en allant fureter sur des forums à la c** pour me prouver que petit Lapin n’était pas le seul bébé au monde à faire la grêve du langage. Je suis ressortie de ces deux heures de surf paniquée à l’idée d’avoir un enfant dyslexique, mal-entendant ou souffrant d’un retard de développement (ou des trois, tant qu’on y est).

J’en ai parlé à Schatzi, il a pas flippé. J’en ai parlé à la pédiatre, elle a pas flippé. J’en ai parlé à ma mère, non seulement elle a pas flippé mais elle m’a presque reniée d’avoir osé douter des capacités intellectuelles de sa brillantissime petite progéniture, inventeur, rappelons-le, du concept de dinosaure-poule. Qui sait si dans trente ans, des millions de gens ne se précipiteront pas dans les salles obscures pour découvrir les aventures d’un galinacé croisé avec un T-Rex prêt à envahir Manhattan ?

Vu que personne d’autre ne voulait flipper de concert avec moi, j’ai continué toute seule dans mon coin, tout en continuant d’afficher officiellement ma désinvolture totale quant aux babillages sans queue, ni tête de mon Loulou. Non mais parce qu’en vrai, il cause, l’animal. Sans arrêt, même. Mais dans sa langue que personne, à part lui, ne comprend. Enfin, nous on fait semblant de tout piger pour ne froisser son ego. Il nous fixe et nous sort « Ageu bra bra prrr » en nous montrant le ciel, et on lui répond « Mais oui mon coeur, je l’ai vu l’avion ». Imagine qu’en fait, il soit en train d’essayer de trouver une langue de communication universelle, mieux vaut ne pas l’interrompre dans ses recherches. Ok, l’esperanto, ça a foiré, mais encore une fois, qui sait si dans trente ans, des milliards de gens ne spoileront pas la fin du film sur le dinosaure-poule dans la langue inventée par mon Simon ?

En vrai, donc, je dois admettre que je ne suis pas rassurée par le fait que sa conversation se limite à ses quelques mots :

– « Pa », qui veut dire, selon les circonstances, Papa, Opa ou Peppa Pig

– « Mamaaaaaan », prononcé uniquement sur un ton larmoyant lors d’une situation de crise comme quand on veut le coucher alos qu’il est encore pump it up, ou qu’on lui a interdit de manger des fourmis (true story).

– « Mam mam », quand il entend le son du micro-ondes, ce qui pour autant est loin d’être la garantie qu’il acceptera d’avaler son risotto.

– « Hhhun » qui veut dire, selon les circonstances : « aboule le bibi », « regarde, un bus » ou « mon dieu, de la lumière, c’est magnifique, c’est splendide et tant pis si je te l’ai déjà montrée hier, et avant hier, et tous les jours précédents depuis que je suis en âge de montrer du doigt. »

Voilà, c’est tout.

Ah si, bien sûr : « Cot cot cot ggrrrrr » qui est, tu l’auras compris, le cri de la fameuse poulette du jurassique.

Même avec un vocabulaire aussi restreint, et comme ma mère, dans sa grande sagesse de Mamie Poule, me le faisait remarquer, Simon n’a aucun mal à se faire comprendre. Mieux encore : il comprend tout.

Il suffit que tu prononces le mot téléphone devant lui pour qu’aussitôt, il se lance dans un long monologue, la main vissée à l’oreille (merci mon Dieu, il ne fait pas semblant d’envoyer des textos), marquant même des pauses pour laisser le temps à son interlocuteur imaginaire de répondre.

Quand nous marchons vers chez sa Nounou, je lui dis que nous allons chez Tatie, et il me montre aussi sec l’immeuble où elle habite.

Si tu lui dis « Lieb, Nino », il se met à faire de tendres caresses sur la joue de son petit cousin (tu remarqueras le bilinguisme du gus, n’est-ce pas ?).

Si tu lui dis « On danse », il se met à agiter la tête dans tous les sens, tel l’ado en rave-party.

Il imite Papa en changeant le foret de sa perceuse-jouet, et Maman en nettoyant le rebord de la baignoire avec l’éponge (hello, cliché « Maman nettoie, Papa bricole » !).

Dès que l’on fait allusion à Carlos, son meilleur ami à quatre pattes malheureusement disparu il y a quelques semaines, il regarde sous la table pour voir s’il peut lui refiler en douce du pain ou un morceau de bretzel machouillé.

Difficile d’imaginer qu’il puisse avoir un retard de développement, ce gamin. Et pour la surdité, héritage génétique oblige, il a été testé et retesté, tout va bien. Quant à la dyslexie, même si cela reste une porte ouverte (mon père l’était), il est bien trop tôt encore pour y penser. Du coup, j’ai décidé d’arrêter de stresser, et de me délecter de ses racontages tout en continuant à me persuader que « awa pa pa » veut dire « on va voir Papa » et « ma bel trrr » un raccourci poussif pour « Maman, tu es la plus belle de la terre ».

D’ailleurs, je te l’ai dit je crois, il a un livre qui joue « Joyeux anniversaire » (l’arme ultime acquise après deux semaines éprouvantes à lui chanter en boucle cette chanson suite à l’anniversaire de son père) et depuis quelques jours, à chaque fois qu’il lance la musique, on l’entend chanter « Oya ser Pa ». Et on a des témoins. Qui ont entendu la même chose. Et qu’on a pas payé pour.

Bien sûr, je vais continuer à flipper parce que c’est ce que je sais faire de mieux au monde (avec les lasagnes. T’as déjà goûté mes lasagnes ? Tu devrais). Et puis un jour, tu liras un post de moi qui dira que ça y est, Simon a dit « chat », ou « Hugo », ou « citrate de potassium » (le remède pour que la poule du film retrouve sa taille normale de poule). Et tu repenseras à la gourdasse 2.0 sur ses forums en train de chercher le numéro du meilleur orthophoniste pédiatrique de la région. Tu rigoleras.

Puis tu remarqueras sur le bras de ton Choupi un un bouton chelou, et tu iras jeter un oeil sur ces mêmes forums. Et deux heures après, tu croiras qu’il a la gale et qu’il faut l’amputer.

On est vraiment toutes les mêmes…

À nous, les mères flippées !

2 commentaires sur “NON MAIS EN VRAI, JE FLIPPE

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  1. Bonjour 🙂 jadore ton post du jour! Jai beaucoup ri et je m’y suis tellement vue! Pour le language, chaque enfant se developpe a son rythme, il n’y a pas de programme type. Ton bout de chou a surement developpé d’autres aptitudes a la place en attendant. Mon fils de presque 15mois ne parle pas non plus, et ne fait que dire dadadada avec differentes intonnations ou maman, et un semblant de papa. Mais a cote de ca, il est extremement abile, a une force incroyable, comprends tout tres vite comme ton Simon et est dune sociabilite a en faire palir les politiciens XD et dans le genre maman paniquee, je suis en train de flipper car mon roudoudou adoré fait des crises de fou pour tout tout le temps depuis un mois, ainsi que quelques poussees de fievre sans quil ny ai de dent en vue. Chacune son flippe 🙂 bonne journee!

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