VIVE L’AUTONOMIE ! (OU PAS)

19h. Un appartement strasbourgeois rempli de cartons pas fermés et de trous aux murs pas rebouchés. Tout est calme, le soleil descendant inonde pourtant encore la pièce de lumière et la fenêtre ouverte laisse échapper le son du chant d'un oiseau. Soudain, un bruit vient troubler cette apparente torpeur. Bip, bip, bip, bip. 

C'est alors que déboule une tornade blonde à peine plus haute qu'une paire de Louboutins en hurlant "Mam mam mam", comme s'il n'avait plus mangé depuis une décennie (ce qui doit être le cas de Victoria Beckham, soit dit en passant). Tu as à peine le temps de sortir l'assiette du micro-ondes, de lui coller un bavoir autour du cou, de l'asseoir dans la chaise que déjà l'enfant est au bord de la crise de nerfs et pas loin de te bastogner à coups de bec de canard pour avoir osé trainailler avec le repas royal. 

Bref, ça y est, sieur Lapin a son repas et tout devrait rentrer dans l'ordre. Sauf que…

Sauf que Simon a décidé il y a quelques semaines que 17 mois était un âge bien assez noble pour commencer à manger tout seul, et qu'il se met à hurler si tu oses ne serait-ce que poser un regard en direction de sa cuillère. Du coup, tu bats en retraite, et tu observes de loin le spectacle de ta salle à manger se transformant peu à peu en réceptacle géant pour purée de carottes. 

Le probléme, c'est que pour une raison qui m'échappe, Simon pense qu'il faut retourner la cuillère juste avant de la mettre dans la bouche. Le trajet assiette-commissure des lèvres s'effectue généralement sans encombres, mais, juste avant que ne s'entrouvre sa jolie petite bouille, soudain, c'est le drame : la cuillère effectue un tour à 180° et son contenu vient s'écraser mollement sur le bavoir / le pantalon / les baskets / le sol (bonus si tu fais le combo). 

Autre fait courant : l'enthousiasme débordant de Simon à l'idée de manger seul, qui fait que parfois il se met à secouer les bras et les mains et donc, par extension, la cuillère. "Oui, oui, c'était voulu les tâches oranges sur le mur blanc, on a voulu laisser s'exprimer notre côté underground". 

C'est bien beau, l'autonomie, et je dois dire que je m'en sers pas mal au quotidien. Je lui dis "tu cherches ton chapeau ?" et il y va (c'est facile en fait vu que mon fils a une fashion obsession pour les couvre-chefs de toute nature) ; je le pose sur le canapé et il boit son bibi puis le balance repose délicatement sur la table basse quand il n'en veut plus ; je le vois de plus en plus souvent jouer seul dans sa chambre pendant 20,30 minutes ou bouquiner dans son lit en écoutant sa musique, ce qui me laisse le loisir de faire de même. Ou de lancer une lessive. Ou de passer l'aspirateur. Ou même, tiens, de faire pipi tranquille, sans que quelqu'un ne cogne à la porte en pleurnichant (ou déroule tout le papier toilette si je décide par malheur de le faire rentrer). 

Mais l'apprentissage de l'autonomie concernant la bouffe, excuse-moi, mais ça craint grave ! Sérieusement, après chaque repas, je pourrais passer l'appartement au karcher, sans parler de la quantité industrielle de linge à laver que cela engendre. Oui, parce que j'ai eu beau me fournir en bavoirs "intégraux" qui couvrent tout depuis le cou jusqu'à l'étiquette de ses chaussettes, mon fils trouve quand même le moyen de se salir la seule, l'infime partie de tissu qui dépassait de sa burqa perso. Et encore, je te parle pas du visage, des cheveux, de l'intérieur des oreilles (!) et des mains, bien sûr, les mains qu'il va coller sur ton beau chemisier blanc tout neuf, devenu par voie de conséquence ton ex-beau chemisier blanc (ou ton nouveau chemiser orange, c'est comme tu veux). 

J'ai bien essayé de lui montrer le bon geste – avec une autre cuillère que la sienne, bien entendu, courageuse mais pas téméraire, la fille – mais rien n'y fait, il continue avec son truc de tournicoti tournicota tourne la cuillère et puis s'en va (sur mon carrelage). Donc en gros, il bouffe un tiers de son assiette, chaque tentative de reprise de la situation en main tourne au pugilat et ma serpillère est au bord du burn-out. Pas facile…

Bien sûr, on a essayé de changer de stratégie et de lui donner des morceaux entiers, à prendre avec les mains ou la fourchette. Mais à moins que ce soit un bretzel (alsace forever) ou une part de gâteau au chocolat, notre gros feinéant de fils refuse catégoriquement de faire l'effort de porter à sa bouche un truc qu'il lui faudrait mastiquer. Utiliser mes dents, mes précieuses dents que j'ai mis tant de temps à faire pousser ? Vous rêvez, très chère ! 

Bref, vous vous en doutez, je suis preneuse de tout conseil permettant de résoudre cette crise des repas à laquelle nous sommes confrontés en ce moment. Ca me gonfle d'autant plus que je me casse toujours autant la tête à cuisiner maison pour petit Loulou, que des bonnes choses avec des produits frais, pour les voir échouer sur les pieds de sa Tripp Trapp. Chiottes, à la fin ! 

Dans le prochaine épisode de l'autonomie by Simon : "et si j'essayais de me faufiler en loosdé hors de l'appart et de descendre l'escalier tout seul, pour voir" avec, en guest-star, les urgences de Strasbourg (pitié, pourvu qu'on ne le tourne jamais, cet épisode là). 

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