DESESPERATE WORKING MUM

Vous me connaissez à force, je me sens comme obligée de partager avec vous mes moments de bonheur, mais aussi mes doutes, mes craintes et, parfois aussi, mes colères. Et aujourd'hui, j'ai viscéralement besoin de l'effet cathartique que me procure le fait de vider mon sac, et de lire ensuite vos commentaires qui me font me sentir moins seule. 

Le sujet du jour ? Rien de bien neuf, c'est même un des thèmes les plus évoqués sur les blogs maternels, mais il reste tellement, et si cruellement, quotidien que je ne peux pas m'empêcher de vous livrer à mon tour mon expérience, et cet état de fait en forme de haiku (si t'es pas regardante sur le nombre de syllabes ou de vers):

Faire carrière, quand t'as des ovaires

Déjà, c'est galère

Mais quand en plus, tu deviens mère

Ma potesse, prépare toi à l'enfer

"Je ne sais pas"…"Il faut que je réfléchisse"…"Laisse moi le temps"…"Y'a rien qui presse !"…Ca, tu vois, c'est la refrain que me sort mon chef ces temps-ci quand je lui parle de l'éventualité – oh sacrilège, oh crime de lèse-majesté – de prendre des vacances cet été. Ah, et en plus, vu que je bosse en Allemagne, j'ai droit à la version en V.O teutonne. Double peine, quoi. 

Je demande pas grand chose : même pas trois semaines entières, juste deux petites semaines et demie pour pouvoir déménager, emménager, m'occuper de mon fils, et, accessoirement, me reposer si j'ai cinq minutes. Ah, et aussi un petit jour en amont pour aller voir mon neveu (toujours pas né, d'ailleurs), soit un trajet de 1400 km A/R sans Schatzi, avec "le grand cerf" en boucle pour apaiser mon covoitureur caractériel de 18 mois, effectué sur trois jours pour éviter de manquer à mon PC, ma chaise de bureau ainsi qu'à la pile de dossiers qui s'entassent sur mon bureau.

Mais bon, a priori, ces deux semaines et demie + un jour demandent réflexion. Soit. Il faut que dire que franchement, c'est quoi ce motif bidon pour prendre des congés ? T'occuper de ton gamin, non mais franchement. Un "all-inclusive" prépayé aux Baléares, je veux bien, mais tu vas pas me dire que tu veux sacrifier deux semaines et demie de productivité pour emmener ton gosse à Europa Park et déplacer quelques cartons ? Please, tell me you're kidding. 

Le souci, c'est qu'au lieu de dire "je serai en vacances à partir du", je dis "j'aimerais bien prendre des vacances à partir du". Je n'affirme pas, je questionne, je propose, et on sent dans ma voix que je me plierai de toute manière aux désideratas du boss puisque je me sens en position de faiblesse. Et pourquoi me plierais-je aux désideratas du boss ? Indice : la raison fait environ 85 cm et est dotée d'une passion aussi nouvelle que nerveusement épuisante pour la chanson "Joyeux anniversaire". 

Dans mon équipe, je suis la seule à avoir un enfant en bas-âge. J'ai bien une collègue qui a des enfants, mais les siens sont en âge d'en avoir eux-mêmes, donc autant dire qu'elle et moi n'avons plus exactement les mêmes problématiques. Mes autres collègues, qui ont tous à peu près mon âge, sont certes en couple mais, allez savoir pourquoi, ils préfèrent se payer des voyages à Dubai plutôt que de passer leurs samedis à faire le plein de couches chez DM.

Ah attends, si, je sais pourquoi : ils sont pas fous. 

Du coup, la liberté que leur offre leur statut de trentenaire sans enfant leur permet d'être carrément plus flexibles que moi en termes d'horaires, et de ne jamais être confronté à un enfant malade ou à un problème de garde.

Quitter à 19h, pour eux, ça signifie simplement louper le début de TPMP (ou de "Tatort" puisque, je vous le rappelle, l'histoire se passe outre-Rhin).

Moi, il faut que je prévienne la nounou, que je briefe Schatzi par téléphone ("mais si, dans le frigo, regarde, le tupperware vert, c'est ça qu'il doit manger ! Comment ça, ça sent les pieds ?"), que je m'organise pour quand même réussir à accomplir les tâches censées m'incomber si j'étais partie à l'heure (cuisiner, faire la salle de bains, lancer une lessive, repasser…) et surtout, surtout, que j'arrive à ne pas céder à la culpabilité qui me donne envie de m'auto-agrafer la main en guise de pénitence pour être une mère absente pour mon Lapin.

Bref, j'ai bien conscience que dans notre bande de joyeux drilles marketeurs de l'extrême, je suis la seule qui échouerait au test de l'employée du mois.

Parce que je suis plus stressée que les autres à force de nuits entrecoupées et de vains combats pour faire manger des haricots verts à mon fils.

Parce que j'ai besoin de planifier mes congés plus en avance que les autres.

Parce que je peux envoyer un texto le matin disant que mon fils a 39° de fièvre – et ce peu importe le second texto une heure après qui dit que finalement, je me suis arrangée, je l'ai déposé chez sa Marraine qui le garde jusqu'à midi, avant que Opa ne le récupère pour l'emmener chez le pédiatre tout en ayant au préalable fait le crochet pour récuperer ma carte vitale, et que donc j'arrive dans 10 minutes (avec le virus de la grippe en incubation en cadeau pour toute l'équipe). 

Parce que même si je n'ai pris qu'un seul et unique jour de congé "enfant malade" en 18 mois, j'ai quand même l'impression qu'on ne peut pas autant compter sur moi que sur les autres. 

Parce qu'on sait que mon utérus fonctionne normalement et qu'on s'attend donc à ce qu'il réouvre prochainement ses portes à un second petit coloc.

Parce que je veux prendre mes vacances en été, pour être avec mes gamins, alors que franchement, tu sais, "ça nous arrangerait carrément plus si tu pouvais poser en novembre, quand la grosse période est passée. Il parait que c'est pile la bonne période pour visiter la Réunion."

Dois-je vous rappeler que je dépense chaque mois le PIB du Botswana en frais de garde, donc que la seule réunion à laquelle je peux prétendre, c'est celle de demain dans le bureau de mon boss.

En Allemagne, il est coutume qu'une femme devenue mère cesse de travailler pendant les trois premières années de la vie de son enfant. Faire carrière, une fois maman, c'est accepter un mi-temps dans un service choisi au pif par ton employeur (hello, non-garantie de retrouver ton poste après le congé mat !) et faire un job pas passionnant tout en étant considérée comme une demie-personne sous prétexte que tu pars tous les jours à 13h. True story, les gens, je vois ça tous les jours au taf.

Moi, j'ai justement choisi de ne jamais être une "demie-personne" et de revenir juste après la fin de mon congé mat. J'ai tenté un 80% la première année, mais je me suis vite rendue compte que pour rester dans la course, j'avais plutôt intérêt à revenir fissa à temps plein. Voire à embrayer sur un petit 110-120%. 

Je rattrape les heures que je ne peux pas faire au bureau en télé-travail à la maison (c'est pour moi, c'est cadeau). Je consulte mes mails le week-end. Je paie des heures sup à ma Nounou pour pouvoir en faire moi-même. Mais j'ai l'impression que quoi que je fasse, je suis et resterai la nana qui part à 17h pour récupérer son fils.

Samedi, on a notre fête d'entreprise. On a le droit de venir avec les conjoints et les enfants (ils ont dit "les conjoints", j'emmène donc Schatzi ET Jude Law). Mais mon service est de service, justement. Ce qui fait que je vais passer mon samedi à gonfler des ballons et à maquiller des enfants qui ne seront pas les miens (Simon est trop petit pour le "Kinderland", et Hugo trop grand). Jude et Schatzi auront donc la charge des garçons. Sauf qu'en vrai, Jude est pas là et que Schatzi est de service, aussi (quelle idée de bosser ensemble). On fait comment ? "Vous vous arrangerez, va.". Ach ja, wir arrangieren uns : Simon, tu te souviens que tu voulais être autonome ? Bon, ben, auto-gère toi les 6 prochaines heures, mon Lapin.  

Je n'arrête pas de me dire que je devrais m'en foutre, qu'un boulot n'est qu'un boulot et que l'essentiel est que je ramène de l'argent à la fin du mois sans avoir non plus envie de me jeter du pont de l'Europe quand je vais au travail. Mais le fait est que mon instinct de compétitrice, celui-là même qui me fait disjoncter au Trivial Poursuit et insulter tout le monde si je perds au Times up, ressort et me pousse à me mettre au niveau, à en faire toujours plus, à me plier en quatre pour que l'on oublie la mère qui vit en moi pour ne voir que la femme professionnelle qui fait des heures et boucle ses dossiers dans les temps. 

Et malgré tout, malgré tout ces efforts, quand mon chef prend l'exemple de l'arrêt de ma Nounou devant toute une assemblée pour illustrer ces petits "imprévus" qui viennent mettre à mal l'équilibre d'une équipe (arrêt maladie de la Nounou : 2 semaines. Absence au travail : 1 jour), j'ai envie de hurler, de pleurer et de rentrer chez moi pour humer l'odeur de mon Choupi et me sentir mieux. Parce que c'est lui, au final, le plus important, celui pour qui je dois toujours rester dans l'arène. 

Je suis une mère qui bosse à temps plein, mais du coup, loin d'être une mère à temps plein. Et là, aujourd'hui, je me demande si je suis pas en train de me tromper de combat.

 

PS: l'image de couverture de ce post est un immense FAKE. Dans la vraie vie, ton gamin essaie de choper le téléphone en criant "Ahh Ahh" et gribouille sur tes dossiers, et ton boss finit par raccrocher en te demandant de rappeler quand "vous aurez fini de vous amuser avec votre enfant". 

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