JE SUIS PAS VIEILLE, JE SUIS VINTAGE

Mercredi soir, avec Schatzi, on a bravé notre pétoche des attentats et confié Simon à Opa et Oma pour aller suivre les mornes très ennuyeuses soporifiques  palpitantes aventures des Bleus face à l’Albanie. On a choisi de suivre le match dans un bar strasbourgeois plutôt tendance mais principalement fréquenté par des gens qui n’ont jamais payé en francs et pour qui Bixente Lizarazu, c’est juste un commentateur sportif vieillissant.

On était assis à côté d’une bande de ces jeunes qui n’ont pas connu la France black, blanc, beur de Deschamps et ses potes et mouillaient encore leurs couches quand nous avons accroché cette si chère étoile à notre maillot. C’est d’ailleurs ainsi que nous avons engagé la conversation avec eux, lorsqu’ils ont demandé à Schatzi si son maillot était celui de 84 ou de 98 – perdu, un pur vestige de l’Euro 2000 et du but en or de Trézéguet. « C’est quoi, Monsieur, le but en or ? Non mais parce que moi, en 98, j’avais 8 mois ». 

Ok, nous sommes face à ce qu’on appelle communément un « generation gap », soit un fossé entre deux générations dont l’une a connu la flamboyance de son équipe et l’autre suivi sa lamentable déchéance jusqu’à un certain bus de juin 2010. Les mecs, on vous explique : nous, on a connu un temps que les moins de 20 ans ne peuvent (quasiment) pas connaître où notre Dieu s’appelait Zinédine Zidane et où l’on communiait ensemble dans la rue sans craindre qu’un malade en profite pour se faire exploser ou que des cons pêtent des abribus et explosent les  vitres d’un hôpital pour petits lapins (#mondedemerde).

On papote donc, on sympathise dirons-nous avec cette belle jeunesse tout juste sortie du lycée, prête à fêter jusqu’au bout de la nuit une possible victoire des Bleus, aussi poussive qu’elle puisse être. Ils nous interrogent sur notre âge, on les leur donne, ils hallucinent. Quoi ? 39 ans ? 31 ans ? Impossible, on fait beaucoup moins (le miracle du Q 10 Plus). « Mais du coup », nous demandent-ils, presque incrédules, « vous êtes mariés » ? Oui, oui. « Et vous avez un enfant ? » Oui, oui. « Et vous sortez dans les bars ? » Oui, oui (faut-il vraiment insister sur le caractère relativement rare des dites sorties ?). « Putain les mecs, vous êtes des exemples ! Si je suis comme vous à vos âges, je suis heureux ! » nous balance le plus enthousiaste de tous.

Je te jure, aux yeux de ces gamins, on était des demi-dieux parce qu’on avait passé la trentaine et qu’on était encore capable d’aller boire une bière dans un bar devant un match de foot. Clairement, dans leur esprit post-adolescent, se marier, avoir des enfants, c’était comme signer un contrat d’astreinte avec son canapé. Cela leur semblait fondamentalement impossible qu’à un âge aussi canonique que le nôtre, on puisse être aussi fun que ce qu’on leur semblait être (j’ai bien dit sembler car loin de nous le fun en cette soirée où j’écris au lit pendant que Schatzi regarde les Polonais essayer de se tailler du teuton).

Ce soir-là, je dois le dire, je me suis sentie vieille. Vieille de les voir s’enquiller bière sur bière sans craindre d’avoir la tête en vrac et les cheveux qui baignent dans la Meteor le lendemain ; vieille de décliner leur proposition de les suivre en boîte à l’issue du match ; vieille de me rendre compte que la dernière fois que j’ai été en boîte, c’était pour mon EVJF en 2013 ; vieille de les écouter nous questionner sur la vie « d’après », après les études, après l’insouciance, cette vie où tu paies des impôts et où tu rembourses une voiture à crédit.

J’ai 30 ans – même pas encore tout à faire 31 – et je sais qu’il y a des choses dont je ne suis plus capable : boire de la vodka, me coucher à 4h du matin ou manger un Mac Do sans culpabiliser derrière d’avoir mis de la merde dans mon corps.

Je ne comprends pas l’engouement des ados pour Maître Gims et je peux sortir des phrases du style « les Neg, Passi, ça c’était du rap ».

Je n’aurai jamais de compte Snapchat ni ne ferai de « live » sur Periscope.

J’achète encore des DVD, parce que ça me saoule de télécharger des séries pour les regarder sur l’écran riquiqui de mon PC (je ne sais d’ailleurs pas télécharger de séries).

Je me rappelle avec tendresse du Banga, des Lila Pause, d’avoir fait les courses chez Mammouth et regardé Dance Machine.

Je sais qui sont Lova Moor, Christophe Rippert ou Karen Cheryl, mais je n’ai aucune idée précise de qui sont Enjoy Phoenix ou MHD.

J’ai admis le fait qu’il y a des choses pour lesquelles je n’ai plus l’âge, comme danser sur un podium, sortir pas maquillée ou porter un cropped top.

Je l’admets d’autant plus que je n’ai pas l’impression qu’être jeune aujourd’hui m’aurait autant plu qu’être jeune dans les années 90-début 2000. Je ne sacrifierais pas le souvenir de la première fois où j’ai vu Titanic, ni ne voudrais oublier ce que je faisais que Diana est morte (question piège, je dormais, il était minuit) ou quand les Twin Towers sont tombées.  Je suis contente de venir d’une génération sans portable, ni Facebook, d’une génération qui savait jouer dehors et ignorait si Ross et Rachel allaient finir ensemble.

Ils étaient super sympas, ces petits jeunes. Passablement bourrés, mais sympas. On a passé un bon moment, avec Schatzi (qui a picolé à l’oeil toute la soirée, soit dit en passant), et pas seulement à cause du coup de génie de Grizou à la 90ème. Non, on a découvert qu’on était peut-être « vieux », du moins aux yeux de nos partenaires de soirée, mais on a surtout retenu leur admiration de nous voir si bien dans notre trentaine, et leur envie, clairement affichée, d’être comme nous au même âge. Inspirer la jeunesse, ça fait du bien au moral, non ?

Et puis…si être vieille, c’est se souvenir de France-Brésil 98, alors j’assume totalement ma ride du lion.

PS : faut quand même que je te raconte qu’en entendant « la Bamba » de Richie Valens, l’un d’eux nous a demandé (premier degré à donf) si ça nous rappelait notre jeunesse. Mouais…on va se calmer, quand même les jeunes : les vieux, c’est susceptible.

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