TU VAS VRAIMENT L’APPELER COMME CA ?

A moins que tu aies décidé d’appeler pour de bon ta progéniture « Le Bébé », « L’alien » ou « Mon petit haricot » (note que je ne juge pas, hein, il y a sûrement des gens très biens sur Terre qui s’appellent « Mini-nous »), tu as forcément été confrontée à ce choix difficile qu’est celui du prénom de ton ou ta futur(e) Loulou(te). Je pense que c’est l’une des décisions les plus cruciales de ta vie, plus déterminante encore que ton orientation professionnelle ou l’achat de ta maison (mais pas autant que le choix de ta robe de mariée, faut pas déconner quand même !). Du coup, faut pas te louper, parce que ton gamin, il en prend pour une bonne quatre-vingtaine d’années quand même !

Je vais être franche : je ne suis pas hyper à l’aise avec mon propre prénom. Le souci, c’est qu’il fait vieux. Mais genre tellement vieux que je n’ai encore jamais rencontré personne de ma tranche d’âge qui s’appelle comme moi. Au cours de ma scolarité, j’ai cotoyé pléthore d’Emilie, joué avec tout un tas d’Audrey et jalousé plein d’Aurélie, de Caroline ou de Julie avec leurs prénoms si faciles à porter dont personne ne se moquait. Parce que moi, je vous assure que j’ai pris cher, d’autant que je couplais ce prénom un peu désuet à un nom de famille, disons, bestial. Je me souviens de ce grand benêt qui m’a sorti, de sa voix à peine muée, que c’était normal d’être aussi bonne avec un prénom de gâteau et un nom de barre chocolatée (perdu, c’est pas snickers). Je précise que le benêt en question devait sérieusement avoir besoin de lunettes parce que « bonne » n’est pas franchement le qualitatif que j’aurais employé pour me décrire adolescente, à moins bien sûr d’aimer l’acné purulente et les cheveux gras.

Alors bien sûr, maintenant que je suis adulte, j’ai appris à cohabiter avec mon prénom d’un autre temps, et on a fini par trouver un terrain d’entente, lui et moi (surtout depuis qu’il fait une percée fulgurante dans le top des prénoms de bébés bobo parisiens griffés Baby Dior). Mais quand même, quand il a fallu celui de mon enfant à naître, j’ai longuement pesé le pour et le contre.

Si Simon avait été une fille, j’avais déjà un prénom en tête depuis un bon moment déjà, avant même à vrai dire d’avoir réellement envie d’un enfant. Mais pour un garçon, honnêtement, c’était le trou noir. Ou plutôt, le seul prénom qui me venait spontanément, c’était Louis, et un Louis, j’en avais déjà un dans ma vie, sous la forme d’un beau-frère à l’accent chantant et à la passion dévorante pour Bricoman. Du coup, quand la gynéco nous a confirmé, un vendredi d’août, que notre crevette avait bien quelque chose entre les guiboles, on a fait comme tout bon futur parent largué qui se respecte : on a foncé à la Fnac acheter le guide officiel des prénoms 2014.

6000 prénoms, pour au final une sélection de 5 parmi lesquels le fameux Simon, qui me restait à l’oreille comme étant mon préféré. Pourtant, l’étymologie telle que décrite dans le guide me faisait un peu hésiter : timide, réservé, éprouvant des difficultés à créer des liens sociaux et manquant cruellement de confiance en lui. Pas franchement le portrait de l’enfant épanoui que je (me) souhaitais. Sauf que, et c’est là qu’est l’arnaque, lorsque je suis allée voir sur des sites, on me vendait Simon comme un type sûr de lui, confiant, passionné, presque un peu despotique dans sa manière de vouloir attirer l’attention sur lui. Mouais…Si vous pouviez vous mettre d’accord, les mecs, ça m’arrangerait.

Au bout de quelques jours de réflexion, le coeur l’a emporté sur les considérations etymologiques. On s’est décidé pour de bon pour Simon, et sur le fait de garder la surprise jusqu’à la naissance. Pauvres de nous, si on avait su ce que cela impliquait ! A partir de ce moment-là, tout le monde a commencé à y aller de sa petite hypothèse, espérant décrocher le graal, c’est à dire un sourire pincé ou des joues subitement écarlates qui laisseraient penser qu’enfin, on est tombé juste.

Vous saviez que j’avais une tête à choisir un prénom court ? Non ? Ben moi non plus, et pourtant, il paraît.

Vous saviez qu’il valait toujours mieux trouver un prénom qui « sonne » bien quand on le juxtapose à celui des autres enfants ? Ah ok, je comprends mieux la mère de Nif-Nif, Naf-Naf et Nouf-Nouf.

Vous saviez qu’Elliot était un prénom de dragon ?

Que Noah faisait un peu trop « Yannick » et Lino trop « Saint Maclou » ?

Colas ? Juste Colas ? T’es sûre, pas Nicolas ?

Nils ? T’es suédoise ou quoi ?

Et pourquoi pas un vieux prénom genre Gontrand ou Alceste (sors de ce corps, bobo parisien) ?

BON, les gens, vous êtes gentils, mais j’ai encore le droit de décider MOI-MÊME du patronyme que je vais donner à mon coloc de bidou, non ?

ET CE SERA PAS ALCESTE !!!!!!!!!!!!!!!

Admettons que tu connnaisses le sexe de ton bébé au quatrième mois, il te reste encore cinq mois à supporter les séances d’inquisition familiales autour du gigot de dimanche…

Cinq mois à ce que tes potes essaient de saoûler Schatzi à la vodka-pomme pour qu’il crache le morceau (loupé les mecs, j’ai juste eu l’impression de dormir avec une tarte tatin qui ronfle à mes côtés)…

Cinq mois à ce que des petites mamies à la caisse du supermarché s’offusquent que tu ne leur lâches pas le morceau (laisse moi passer devant, et on verra)…

Cinq mois à te taper des sessions de « Devinez, c’est gagné » où chacun passe en revue ce qui constitue pour lui le top 5 des prénoms ringardos…

Cinq mois à prier pour que celui choisi ne soit pas dans la liste…

Cinq mois de merde, disons-le, où tu tentes de garder ton secret coûte que coûte, et où l’envie te prend, parfois, de publier un statut Facebook qui dirait « Mon gosse va s’appeler Jean-Thierry et qu’un nuage de pets de chèvre moisis s’abatte sur celui qui osera commenter ce post ».

Au cours de mes cinq mois à moi, certaines personnes sont tombées justes. Et vu que je suis la personne la plus nulle au monde en matière de regard impassible, ils s’en sont immédiatement rendus compte. Ma mère d’abord, lors de mon 29ème anniversaire, heureusement sans témoin autre que Schatzi ; puis un pote, deux mois plus tard, cette fois-ci devant trois autres amis qui se sont délectés d’avoir enfin percé le plus grand mystère de ce siècle après celui de l’immortalité de Charles Aznavour.

Bien sûr, on les a faits jurer, prêter serment sur la tête de Zinédine Zidane pour être sûrs qu’ils ne mouftent pas jusqu’en janvier (valeur sûre, personne ne veut de mal à Zizou…enfin sauf l’entraîneur de l’Atletico…ou Materazzi…désolée je m’égare, délire footballistique Euro 2016esque). Mais quand même, on était pas sereins. Et s’ils gaffaient ? Et si on leur achetait l’information à coups de Dragibus ou de grand cru d’Alsace ? Je sais mes potes capables de résister à la plus hard des tortures, mais je suis moins sereine quant à leur retenue face à des bonbecs et de l’alcool…

Mais bon, ils ont tous su tenir leur langue et l’effet de surprise a été préservé pour le plus grand nombre, en ce jour de janvier 2015 où petit Simon est venu pointer le bout de son joli petit nez qu’on-se-demande-comment-il peut-être-aussi-choupi-vu-le-tarin-de-Maman.

Ce qui est bien, une fois que Bébé est né, c’est que plus personne n’ose critiquer. C’est sûr, il y en a qui ont dû être déçus, qui attendaient de nous davantage d’originalité ou de créativité (j’avais bien pensé à Ksafier, même ça faisait trop allemand qui prononce « Xavier »). J’en vois même au fond de la salle qui ne peuvent s’empêcher d’associer le prénom Simon à l’image d’un mec qui vomit quand il est content (je ne vise personne, hein, Benoît et Nath).

On ne peut pas plaire à tout le monde, mais je pense qu’au final, l’important, c’est que ça nous plaise à nous, et, quand même, que le prénom choisi n’affecte pas trop la vie future de notre enfant (quoi que les gosses sont redoutablement efficaces lorsqu’il s’agit de trouver des jeux de mots pourris sur les noms et prénoms de leurs camarades de classe…j’en veux pour preuve Hugo, qui a juste le prénom le plus donné du 21ème siècle, et se prend régulièrement des « Nulgo » et autres « Hugogol » dans la tronchetas).

Je pense que ça ira mieux pour Simon que ça n’a été pour moi. Je lui souhaite, et je me le souhaite, car je sais combien mes parents sont affectés de savoir que je n’aime pas trop mon prénom. Papa, Maman, c’est pas votre faute, vraiment. Il est joli, ce prénom vintage, tout le monde me le dit (maintenant). Et puis je dois être la seule en France à la porte qui n’est ni en maison de retraite, ni dans une crèche branchouille du 10ème arrondissement. Et ça, c’est quand même cool, non ? Alors je m’excuse de tous les reproches que j’ai pu vous faire à ce sujet, vous avez juste écouté votre coeur. Comme moi avec Simon. Et c’est très bien comme ça.

PS: enfin quand même, Madeleine. Née à 20 km de Commercy.

J’ai un peu tendu le bâton, non ?

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