PAR TOUS LES SEINS ! (PETITE CHRONIQUE DE LA BÊTISE HUMAINE)

Il y a quelques jours, j'ai relayé sur ma page le billet d'une blogueuse formidable, Happynaiss, qui poussait un cri du coeur contre ceux qui aimeraient, au nom de la bienséance et de la pudeur, qu'une femme se cache pour allaiter. Dans un article mélant colère et humour, elle expliquait pourquoi, non, elle n'irait pas nourrir sa choupinette dans des toilettes à l'hygiène douteuse et au parfum d'ambiance "popo des bois". Même dans des toilettes propres, d'ailleurs. Un être humain, ça mange pas aux chiottes, point. 

Suite à ce repost, beaucoup d'entre vous ont commenté et raconté leur propre expérience de Maman allaitante, mais aussi, à l'inverse, de Maman non-allaitante pas franchement épargnée non plus par la vindicte populaire. Pour avoir appartenu à cette seconde catégorie, je confirme : on morfle pas mal aussi quand, par choix (ou pas d'ailleurs), on dégaine un biberon et une dose de lait en poudre de son sac à langer. 

Ca commence même avant l'accouchement, quand tu annonces, droite dans tes bottes, à la sage-femme qui te fait la prép que tu n'allaiteras pas, et qu'elle te demande, malgré tout, de venir suivre le cours sur l'allaitement au cas où tu changes d'avis. Pourquoi moi, je changerais d'avis et pas les deux autres Mamans présentes qui souhaitent, elles, allaiter ?

Ou quand tu visites la mat, que tu demandes pendant la séance de questions à la fin s'ils fournissent le lait en poudre, et que tout le monde se tourne vers toi et te regarde comme si tu avais demandé si tu pourrais rendre ton enfant si jamais il ne te plaisait pas.

Que l'auxilliaire de puériculture te répond, sur un ton qui te rappelle celui de ton père le jour où il t'a surprise une bière à la main la première fois que oui, mais que théoriquement, c'est pour les Mamans qui ne peuvent pas allaiter pour raisons médicales. 

Que tu expliques à la sage-femme avec qui tu établis ton projet de naissance que tu vas certes donner une tétée de bienvenue, mais que tu n'allaiteras pas et que tu souhaites donc un coupe-lait, et qu'elle te répond "attendez déjà de voir ce que ça fait d'allaiter avant de penser aux médicaments". OK, on dit pareil pour la péridurale et le lavement, alors ? 

Qu'on te demande si tu vas allaiter (on, ça peut être ta belle-mère, une amie, une collègue ou la dame devant toi à la boulangerie – qui ne te cède pas sa place, soit dit en passant), que tu réponds non, que la personne dit "Ah bon ?", marque un temps de pause, puis ajoute "Je peux te/vous demander pourquoi ?".

Que tu lui sors pour la énième fois ton discours justificatif : pas envie de ça, pas attirée par ça, papa veut donner le bib, envie de me réapproprier rapidement mon corps que j'ai déjà prêté à quelqu'un pendant 9 mois…

Que tu peux lire "égoiste" dans le regard de cette personne. 

Que tu te sens nulle comme mère, avant même d'en être devenue une. 

Comme je le disais lors de mon appel à témoins sur Facebook, on cherche trop souvent à nous opposer, les Mamans allaitantes contre les Mamans biberons. Alors certes, il y en a, des ayatollahs de l'allaitement qui conspuent sur les réseaux sociaux les mères indignes qui osent nourrir leurs bébés aux protéines de lait ; tout comme il y a celles qui rétroquent aux allaitantes épuisées que si elles voulaient dormir plus, elles n'avaient qu'à pas jouer les distributeurs de bouffe sur commande. Mais la plupart d'entre nous sont juste solidaires les unes des autres, sans jugement, sans questions, juste unies dans la même galère le même bonheur d'avoir donné la vie au plus merveilleux bébé du monde.

J'ai donc eu envie de compiler vos expériences, vos témoignages, histoire de montrer une bonne fois pour toutes qu'il n'y a pas deux camps entre nous, mais juste un seul : celui des mères qui, chacune à leur façon, essaient de faire au mieux pour leur petit.

J'en ai reçu pas mal, partagés en privé ou en public, pas autant que ce que j'aurais aimé, mais peut-être que d'autres viendront s'ajouter à cette liste, et je pourrais faire des edit à ce post.

Je vous préviens, y'a du bon concentré de connerie humaine là-dedans. 

DU CÔTÉ DES BOOBS

Les seins de Kim K., ils me dérangent pas mais les tiens, oui.

Mélanie, a allaité jusqu'aux 8 mois de son fils :

"Un jour, mon fils a eu faim en pleine virée courses. Je décide de l'allaiter et une femme me dit "vous n'allez pas faire ça ici, c'est dégoutant !" 

Constance, a allaité jusqu'aux 6 mois de sa fille :

"Nous sommes allés au resto quand elle avait deux ou trois mois. Elle a eu faim pendant le repas et j'ai du coup sorti mon sein caché par un foulard pour l'allaiter. La serveuse a eu l'air choquée et m'a dit qu'on aurait dû demander une table dans un coin. De même, lors de week-ends en famille, je n'avais pas le droit d'allaiter parce que c'était pervers."

Amélie, a allaité jusqu'aux neuf mois et demi de son fils :

"Un membre de la famille de mon chéri, quand je me suis installée dans un fauteuil pendant un repas de famille pour allaiter, m'a dit, choqué au plus profond de son être "Tu vas quand même pas allaiter comme ça en plein milieu du salon, ça se fait pas !"

Kelly, a allaité jusqu'aux deux mois de sa fille et allaite encore son fils :

"Il m'est presque impossible d'allaiter mon fils en public, je ne sais pas pourquoi je n'y arrive pas (…). Le regard des gens posé sur ma poitrine me met vraiment mal à l'aise, ou à l'inverse, les regards pervers me rendent gênée, limite honteuse."

Marine, allaite son fils d'un mois :

"Je suis allée au parc avec son frère et il a réclamé à l'aire de jeux. Je m'installe donc sur un banc (…), t-shirt spécial allaitement et un homme d'une trentaine d'années me sort "vous avez pas honte ? c'est un espace pour enfants, un peu de respect pour eux !". Je lui ai répondu que j'étais sûre que la paire de seins de Clara Morgane dans les magazines ne l'avait jamais gêné et qu'il n'était sans doute pas le dernier à regarder ses films."

Et quand il passera le bac, tu viendras l'allaiter entre deux épreuves ?

Giulliana : 

"J'ai fait un choix à la base économique, dicté par ma parano de jeune maman avec les cosmétiques bébé, les lingettes etc. Mais les gens vous posent des questions "tu vas arrêter faim ? Il a ENCORE faim ? Mais comment il va faire quand il sera grand ? Et quand il aura des dents ?"

Sophie, allaite son fils de sept mois :

"Je l'allaite encore parce que j'adore ce contact et lui aussi (…) mais du coup, on me demande d'un air réprobateur "mais tu vas l'allaiter encore combien de temps ?". L'autre jour, j'ai répondu "jusqu'à ses dix ans", au moins on m'a foutu la paix."

Marjorie, a allaité jusqu'aux 12 mois de sa fille :

"Pour les premiers temps, l'allaitement est beaucoup mieux perçu que le biberon mais au fil du temps, c'est souvent "mais tu vas peut-être arrêter un jour?" (non, jusqu'à sa mort, elle me têtera) , "elle ne quittera jamais sa mère si tu continues", "donne lui un petit biberon de temps en temps, ça lui fera du bien" ou "c'est nul, on peut pas lui donner de biberons, nous". Mais la palme revient à ma chef, outrée que je l'allaite à la reprise du boulot, qui m'a dit d'aller voir un psy !"

Tu te compliques bien la vie, ma pauvre fille

Sophie : 

""tu ne serais pas si fatiguée s'il était au biberon", parce que les mamans qui donnent le bib' ont des bébés qui dorment 10h d'affilée à quinze jours et ne sont pas fatiguées bien sûr"

Amélie : 

"ma belle-mère voulait lui fourrer un biberon d'eau dans la bouche à deux mois parce que c'était l'été et que j'étais une mère indigne de l'allaiter à demande alors qu'il faisait si chaud"

Lucie : 

"La mère de mon mari m'a reproché de vouloir garder notre enfant pour moi en refusant de tirer mon lait et de permettre donc au papa d'allaiter. Mais moi, je ne me voyais pas tirer mon lait, et le papa était d'accord avec ça."

Aurélie :

"Ma fille a une maladie génétique qui lui occasionne des fractures. A 19 jours, elle en avait déjà trois, je ne pouvais plus la prendre dans mes bras et j'ai dû arrêter d'allaiter. C'était tellement frustrant que j'ai tiré mon lait mais j'ai rapidement dû la passer au mixte car mon lait n'augmentait pas. Je m'en suis rendue malade, c'était une obsession (…) et au lieu de recevoir du soutien, je ne sais plus le nombre de fois où on m'a dit "mais pourquoi tu t'embêtes avec ça ? Vous avez pas assez de problèmes ?""

Comment ça, tu SURKIFFES pas nourrir sur commande un(e) petit(e) glouton(ne) ?

Elodie, a allaité jusqu'aux deux mois et demi de sa fille : 

"Moi, j'ai détesté entendre ou comprendre dans le regard des gens qui me faisaient la réflexion du "c'est génial d'allaiter, ce contact unique avec le bébé" et que moi je répondais "bof". Ce regarde genre "t'as pas kiffé, c'est pas possible ?" (…) Je me disais que mon lait était sans doute meilleur mais je ne ressentais pas de bonheur particulier à lui donner le sein et ça a choqué bon nombre de personnes."

DU CÔTE DES BIB

Mais t'es une putain de mère indigne, tu le sais ça ?

Magali : 

"Le jour où j'ai dit à la puéricultrice que je n'allaitais pas, elle m'a fait pleurer, je m'en suis pris plein la figure."

Florence :

"j'ai allaité mes deux enfants par choix, une amie qui était enceinte en même temps que moi avait quant à elle décidé de ne pas allaiter. Elle s'en est pris plein la tête par le personnel médical qui lui a reproché de ne pas vouloir donner le meilleur à son bébé."

Marina :

"J'ai eu un accouchement compliqué et des suites douloureuses. J'ai allaité ma petite une semaine mais avec beaucoup d'embûches. A la maternité, je pleure, épuisée, et une sage-femme me met la pression "ok, vous voulez arrêter mais je vous fais signer un papier". Je culpabilise du coup, alors elle en rajoute une petite couche sinon c'est pas marrant "votre bébé ne va comprendre votre choix, elle va vous en vouloir."

Sylvie :

"On m'a dit que mon bébé aurait sûrement un développement plus lent parce que je n'avais pas allaité. Que le lait pour bébé pourrait contenir des substances nocives qui ralentissent la croissance et le développement psycho-moteur. J'ai eu l'impression sur le coup d'avoir ruiné l'avenir de mon enfant par pur égoïsme. Maintenant, je me rends compte que c'était n'importe quoi."

Sandie : 

"Je n'ai pas souhaité allaiter mes deux enfants donc pour le premier, j'ai eu droit à : "tu te rends compte que tu vas pas lui donner le meilleur des laits, et puis si tu allaitais, tu aurais une meilleure complicité avec ton enfant, un meilleur lieu. A la maternité, j'ai voulu tenter, pour me dire que j'étais une bonne mère car forcément, à 21 ans, on est pas préparé à tout. J'ai souffert de toutes ces réflexions qui faisaient grandir en moi l'idée d'être une mère indigne."

Fanny :

"Deux bébés allaités trois mois, un pur regal. Les remarques des personnes âgées me faisaient sourire "tu le nourris ?" "eh oui" "c'est bien"…ok donc au biberon, c'est pas nourrir ?"

Stéphanie : 

"J'ai eu la chance d'accoucher dans une maternité où tout le monde était bienveillant et où jamais je n'ai été jugée sur mon choix de ne pas allaiter. Cependant, dans le cadre familial ou dans mon entourage, je n'ai pas échappé aux réflexions quant à la santé de mon bébé que je n'immunisais pas en l'allaitant. Ca ne m'a pas traumatisé (…) et mon fils n'est pas plus malade qu'un autre enfant."

Comment ça, tu peux pas allaiter ? Quand on veut, on peut !

Sarah :

"Pour ma part, je n'ai pas pu allaiter mes jumeaux nés prématurément (…). Ca ne les a pas d'empêcher d'avoir une vie normale de bébés ; au contraire, ils se sont battus comme des vrais guerriers. Pour leur petit frère, ça me tenait à coeur de l'allaiter car je voulais tenter l'expérience mais ça n'a duré que 15 jours, c'était un glouton et je n'avais pas assez de lait."

Anonyme :

"Je n'ai pas ou très peu eu de lait. La petite ne prenait pas de poids et était sans cesse affamée, et la sage-femme me disait de lui donner à demande, mais ça ne lui suffisait pas. Elle semblait presque me reprocher de ne pas bien faire. Il a fallu quinze jours pour que quelqu'un de mon entourage me dise que peut-être, je ne produisais pas assez de lait, et me persuade d'essayer d'alterner sein et lait en poudre. Je suis passée rapidement au tout biberon, et ma fille a retrouvé sa sérénité et a commencé à prendre du poids."

Sabrina : 

"Accouchement catastrophe, hémorragie interne, opérée d'urgence, j'ai mis 48h à réaliser que j'étais devenue Maman. J'étais trop faible pour allaiter, il me fallait du repos, et le Papa a donné son accord au personnel médical pour nourrir notre fils au biberon. Il avait peur de ma réaction, moi qui voulais allaiter, mais en vérité, j'étais vraiment soulagée quand il me l'a annoncé, je ne me sentais pas la force."

Marine : 

"J'ai choisi d'allaiter mes deux enfants mais pour le premier, j'ai contracté une bactérie au bout d'à peine un mois qui m'a empêché de continuer (j'ai failli empoisonner mon bébé). Non seulement j'ai dû supporter le fait que mon corps aurait pu tuer mon bébé (…) mais je m'en suis pris plein les denrs de mes amis, famille et sage-femme "T'as déjà arrêté ? C'était juste un phénomène de mode pour toi !""

 

La vérité, c'est qu'il n'y a pas de camp plus facile que l'autre. Quand on n'allaite pas, on est jugée beaucoup au début, mais quand on allaite longtemps, on est aussi prise pour cible. Que les mots "malsain", "pervers", "dégoutant" reviennent dans ces témoignages, qui parlent quand même de la façon de nourrir l'être le plus important de nos vies, c'est juste incroyable, et ça me donne envie de ggggnaaaaaaaarger sévère. 

De l'avis de vous toutes, la clé pour faire la part des choses est d'abord de faire preuve de confiance en soi et en ses choix, mais aussi d'être soutenue, tant par son entourage que par le personnel médical. Les témoignages de Stéphanie, qui hésitait entre sein et biberon et a pu compter sur le discours plein de sagesse d'une sage-femme qui pour le coup portait carrément bien son nom pour l'aider dans son choix ("Allaitez seulement si vous êtes convaincue, sinon, c'est là que ce ne sera pas facile"), ou de Sara, qui a été épaulée par sa famille dans sa volonté d'allaiter, le prouvent : entourée de personnes compréhensives, respectueuses et aimantes, on digère mieux reflexions stupides et jugements à brûle-pourpoint. 

Rien n'est figé dans la roche. Une mère qui n'a pas allaité son premier enfant peut décider de le faire pour le deuxième (et NON, ça veut pas dire qu'elle en aime un moins que l'autre) ; une femme qui rêvait d'allaiter et pour qui ça se passe mal peut faire un blocage et devenir une pro-biberon. Une toute jeune mère est, par définition, un être commandé par les hormones, la fatigue, le désespoir face à un corps qu'elle ne reconnait plus. Elle marche souvent au radar, fait ce qu'elle peut, et la dernière chose dont elle a besoin, c'est que des espèces de c*** viennent lui faire la leçon sur ce qu'elle fait ou ne fait pas pour son enfant.

Je n'ai pas allaité. Je n'allaiterai sûrement pas mon deuxième enfant. Mais je suis entourée de Mamans qui ont fait ce choix, que je considère ni mieux, ni moins bien que le mien. Je ne permets pas qu'on me juge, qu'on me targue d'être une mauvaise mère parce que j'ai choisi de garder mes seins pour moi (Schatzi me dit de dire que c'est aussi pour lui, un peu). Je ne permets pas qu'on me reproche de ne pas avoir donné le meilleur à mon bébé : le meilleur, c'est de l'amour, de l'écoute et de la bienveillance, et là-dessus, je te prie de croire que je ne me suis pas économisée. Mon fils a 16 mois maintenant, il marche, commence à parler, fait quinze mille trucs nouveaux chaque jour et me saute dessus dès qu'il me voit. Pour le mauvais développement et l'absence de lien affectif, on repassera.

J'admire les mères qui se lancent dans l'aventure de l'allaitement. J'admire leur courage, leur abnégation, leur volonté. Je suis fière de savoir que ma petite soeur va allaiter son joli Nino, et qu'elle fait ce choix que je n'ai pas fait pour les bonnes raisons : parce qu'elle en a envie. 

Car tout est une question d'envie : on a signé pour 18 ans minimum à mettre les nôtres de côté au profit de celles de notre progéniture. Du coup, si c'est le dernier choix qu'on doit faire en s'écoutant nous, autant l'assumer, non ?

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :