CHER BIBA, IL FAUT QU’ON PARLE.

Depuis de nombreuses années, je suis lectrice assidue de Biba. Ligne éditoriale, contenu des articles, bons plan mode, beauté ou food, j’aime tout. Pourtant, en parcourant l’édition de juin, je suis tombée sur un article qui ne m’a pas franchement emballé, intitulé « Help ! Une semaine sur deux, c’est une autre qui élève mes enfants ».

Comme ce titre sans équivoque le laisse penser, cet article traite de la difficulté qu’ont les Mamans divorcées à accepter l’idée que leur ex a refait sa vie avec une autre femme, mais surtout que cette femme s’occupe de manière régulière de leur(s) enfant(s). Sur une double-page, on retrouve témoignages de mères confrontrées à cette situation, conseils pour faciliter le dialogue et avis de psychothérapeutes et autres sociologues de la famille. Même le père a droit à son petit encart, en bas de page, où on analyse sa façon de gérer ce triangle familial.

Il y a pourtant une grande absente dans cet article, au demeurant très bien écrit et prônant davantage l’apaisement que le conflit : c’est elle, justement, cette « autre », ce caillou dans la chaussure de la mère, ce chien dans le jeu de quilles du couple parental. Bien sûr, elle est là, omniprésente, au travers des histoires que racontent les Mamans interviewées, ou du discours professionnel du psy. On l’appelle « l’inconnue », « l’autre femme », « la nouvelle », mais mon Cher Biba, tu sais quoi ? Elle a un prénom, cette inconnue, cette nouvelle. Elle s’appelle Sophie, Sylvie, Manon….Ou Madeleine, tiens. Et je pense que son point de vue apporterait sans doute du grain à moudre à cette discussion.

Du coup, tu me permettras de compléter un peu le débat en apportant ma propre vision de ce que c’est, au quotidien, d’être cette fameuse « autre », et ma réponse à certains propos tenus dans cet article.

1) En vouloir à la bonne personne

Oui, je suis parfaitement d’accord avec Elsa, 32 ans, infirmière libérale dans la région de Toulouse : il y avait des façons plus diplomatiques pour son ex d’annoncer qu’il avait rencontré quelqu’un que de se pointer tout bonnement avec elle au moment de rendre le petit. Mais soyons clairs : si quelqu’un est à blâmer ici, c’est plutôt le père que la malheureuse Solange dont il est ici question, non ?  Quand Elsa dit, plus loin dans son témoigagne, qu’un an après, elle a « toujours du mal quand son Bibou lui dit que Solange lui a acheté ceci, cuisiné cela », j’avoue que je la comprends : quitte à laisser son enfant de manière régulière entre les mains d’une autre, celle-ci pourrait au moins avoir la délicatesse de ne pas le couvrir de cadeaux et de lui servir un quignon de pain rassis et une pomme véreuse pour le diner, comme toute bonne marâtre qui se respecte (poke Walt Disney). Où va le monde, sérieusement ?

2) Replacer les choses dans leur contexte

Quel que soit le témoignage dans cet article, jamais n’est évoquée la raison pour laquelle le couple a volé en éclats. Toutes ces Mamans qui témoignent donnent l’impression d’être blessée par la nouvelle vie de leur ex-conjoint, laissant logiquement penser que c’est lui, et non elle, qui est à l’origine de la rupture. Je la connais par coeur, cette rengaine de la mère courage qui élève seule son ou ses enfant(s) pendant que le Papa mène la grande vie avec sa nouvelle conquête (pour laquelle d’ailleurs il est parti) : l’ex-femme de mon mari nous l’a longtemps joué. Sauf que dans notre cas, c’est Madame qui a fauté et Monsieur qui a payé les pots cassés pendant des mois, avant de rencontrer quelqu’un (votre humble serviteur) pour l’aider à les recoller, les pots cassés de sa vie.

Le fait est que, contrairement aux idées reçues véhiculées par des décennies de films, romans et épisodes de Confessions Intimes, des fois (de plus en plus souvent même), c’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mère qui prend un (autre) homme.

Et même sans que personne n’ait trompé qui que ce soit, des fois, on se sépare juste parce qu’on ne s’aime plus, que ça ne marche plus. Du coup, pourquoi en vouloir à l’autre de refaire sa vie ?

Je ne connais pas l’histoire de ces filles qui témoignent dans l’article, mais je pense que dans ce genre d’histoires, la belle-mère passe plus souvent pour la pét*** qui a piqué le mec d’une autre (ce qu’elle peut être d’ailleurs, selon le cas) que pour la fille qui passe après et qui tombe amoureuse d’un mec avec un bagage émotionnel plus lourd que Patrick Sébastien lâché dans un rassemblement de féministes.

3) Comprendre le pourquoi du comment

Béatrice, prof de yoga à Paris, se plaint que la nouvelle compagne de son ex emmène les enfants à Disneyland et les laisse manger des desserts à la crème au chocolat. Elle lui reproche d’induire ses nouvelles pratiques, qui n’étaient pas dans les habitudes de son ex lorsque tous deux formaient encore un couple.

Ma chère Béatrice, connais-tu ce vieux dicton qui dit qu’on attrape pas les mouches avec du vinaigre ? Eh ben, tu sais quoi, on attrape aussi mieux les enfants avec de la crème au chocolat qu’avec des brocolis. Cette belle-mère dont tu parles, elle cherche pas à faire mieux que toi et à épater les enfants. Elle cherche juste à les apprivoiser avec des méthodes aux ficelles certes un peu grosses, mais qu’on a toutes utilisé pour essayer de se faire une place dans la tête de tes enfants. Tu remarqueras que je dis volontairement dans la tête, et pas dans le coeur, car ça, c’est un défi que même Disneyland ne parvient pas facilement à relever.

De ma propre expérience, avec le temps, et à force de claquer son PEL en sorties ciné, mini-golf et glaces 6 boules, la belle-mère tempère ses ardeurs et la vie avec elle se normalise pour finir par ressembler peu ou proue à celle que tes gamins ont quand ils sont chez toi. Généralement, ce changement coincide avec le moment où elle réalise, justement, que toucher le coeur sera une tâche trop ardue pour elle. 

Toi, Béatrice, tu peux leur servir tous les brocolis du monde.

Moi, les frites sont un peu mon pacte de non-agression. 

4) Arrêter de croire qu’on veut vous piquer votre place

« Les mères se vivent comme la référente intime, affective et émotionnelle de leurs enfants. Que ce rôle vécu comme essentiel puisse être assumé par une autre est insupportable » Christophe Fauré, psychiatre et psychothérapeute.

SCOOP : on n’a pas envie d’être une référente intime, affective et émotionnelle de vos enfants. Nous, à la base, on a signé pour être la chérie d’un homme, qui se trouve par le truchement de l’inadvertance être votre ex, et le père de vos bambins. Du coup, on fait avec, on essaie de composer avec cette situation nouvelle pour nous et de tisser une relation, sinon aimante, du moins cordiale avec eux (et toi, aussi, du moins autant que faire se peut).

Je suis moi-même Maman et croyez-bien que je comprends combien cela doit être difficile de se séparer régulièrement de la chair de sa chair, de la voir vivre une vie sans nous un week-end ou une semaine sur deux. Je n’imagine pas combien cela me fenderait le coeur de voir partir régulièrement Simon, combien la maison me semblerait vide et le nombre de fois où je me demanderais s’il va bien ou si je lui manque. Mais il y a une chose dont je sais que je ne douterais pas, c’est que jamais, au grand jamais, il ne pourra aimer une autre personne autant que moi.

Du moins jusqu’à ce qu’il soit en âge de prendre femme.

Et encore.

Maman, c’est Maman quand même !

Tu le dis d’ailleurs très bien après, Biba, en indiquant combien cette peur de perdre l’amour de son enfant au profit de la belle-mère est déraisonnée.

Qu’on se le tienne pour dit : une belle-mère sait ce qu’elle est. Belle, peut-être, ça dépend des jours et de la lumière, mais mère, non, ou en tout cas, pas des enfants que son homme a fait avec une autre qu’elle.

Par contre, à moins d’être une VRAIE marâtre (je sais bien qu’elles existent aussi, ces femmes qui ont, au mieux du mépris, sinon de la haine pour la progéniture de leur conjoint), elle cherchera toujours à assumer au mieux la mission que la vie lui a confiée, comme ça, un peu par hasard : celle de faire que ces enfants, écartelés entre deux foyers, se sentent toujours bien en venant chez leur papa.

Sur ce, sans rancune aucune, mon Cher Biba. Sache que ça ne change rien entre nous et que je t’aimerai toujours, mais maintenant tu sais que parmi tes lectrices, il y a des jeunes filles, des jeunes femmes, des Mamans, des Mamies, beaucoup d’hommes aussi, mais aussi…des Belles-mères. 

PS: Si tu as envie d’écrire un article sur nous, les belles-doches, on est opé 😉

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