L’INSTINCT MATERNEL

Ce week-end, nous sommes allés boire l’apéro chez des amis qui viennent d’avoir un petit garçon. Assis autour d’une coupe de Crémant, nous essayions de papoter tout en répondant aux désidératas de nos enfants respectifs, qui consistait pour l’un à lui fourrer un petit doigt dans la bouche (la tétine, c’est so 2015), et pour l’autre à extraire sa main coincée dans la forme « étoile » de sa boite à forme (mon fils est bizarre). 

Leur petit bout est âgé de trois semaines, et ils sont encore dans cette phase d’apprivoisement de la situation, qui les a soudain fait passer de couple à famille et d’enfant de leurs parents à parents de leur enfant.

En écoutant la Maman parler, j’avais l’impression de retrouver beaucoup de sensations et de pensées familières de l’époque pas si lointaine où Simon est né.

Tout d’abord, cette sensation d’irréel, qui te fait parfois oublier les responsabilités qui pèsent désormais sur tes épaules. Mon amie disait à ce propos qu’elle pourrait être capable de cocher la case « sans enfant » si on lui tendait, là maintenant, un formulaire à remplir. Il faut du temps pour prendre la mesure de ce qu’une décision prise neuf mois plus tôt a comme répercussions sur le reste de ta vie. Je me souviens avoir eu un moment d’arrêt lorsqu’à peine sortie de la maternité, je suis passée à la pharmacie récupérer les produits de soin pour Simon, et que la pharmacienne m’a demandé si « mon fils était déjá sur la carte vitale »

Mon fils. Le mien. Celui que j’ai fait, fabriqué, avec Schatzi. Je n’arrivais pas à y croire moi-même. Fini d’être « la fille de » ; désormais  et pour la vie, je serai « la mère de ». Intégrer, accepter, un tel changement en un claquement de doigt ? Impossible. C’est le quotidien qui fera son oeuvre : tétée après tétée, change après change, câlin après câlin, la fille laissera place à la mère jusqu’à lui faire oublier ce que c’était de ne vivre que pour soi, elle qui à présent est vitale à la survie d’un autre.

Je me suis également souvenue que, contrairement à ce que l’on voit dans les films, l’instinct maternel ne se déclenche pas forcément à la seconde où on voit naître son enfant. Si je dois être totalement honnête, quand ils ont sorti Simon, j’ai eu un reflexe, celui de fermer les yeux. Je n’en suis pas fière, c’est même l’un de mes sujets d’auto-flagellation préférés quand j’essaie de me prouver quelle horrible mère je suis. Pourtant, cette réaction primaire traduisait probablement simpement un refus de me confronter à cette nouvelle réalité.

On m’a posé mon fils dans les bras, je n’osais pas vraiment le regarder. J’avais peur, clairement. De quoi, je ne sais pas. Peut-être justement de ne pas être envahie par l’amour, comme on me l’avait tant répêté ; peut-être aussi de voir mon enfance mourir au moment où la sienne commençait ; peur du tangible, après ces 9 mois de grossesse où tout semblait encore si peu concret ; peu de l’irrémédiable, aussi sûrement.

Je ne peux pas mettre de mots sur l’amour que je porte aujourd’hui à mon fils. Le simple fait de penser à lui, d’imaginer son sourire, d’entendre sa voix suffit à me réconforter. Les larmes me montent aux yeux à la simple évocation de son prénom. Pourtant, il y a eu une période, au début, où oui, je l’aimais, mais pas comme dans les films. Comme me disait ma meilleure amie quand sa fille est née « Je ne la connais pas ». Je l’aime, mais je ne sais rien d’elle. Je suis perdue  face à elle. C’était ça, l’idée, et c’est exactement ce que moi, ou ma copine fraichement Maman, avons ressenti : on peut être charmé, séduit, envouté par quelqu’un dès le premier regard ; mais pour aimer quelqu’un, il faut le connaître.

Mais si c’est comme ça, si l’amour entre une Maman et son enfant n’est pas aussi inné qu’Hollywood veut nous le laisser penser, où est donc passé ce fameux « instinct maternel » dont on nous rebat tant les oreilles et qui est censé transformer automatiquement toute nana en mère nourricière dès la première seconde de retard de règles ? Foutaises, ou quoi ?

Non, non. Il est bien là, tapi dans l’ombre à attendre le bon moment pour se montrer et terrasser toutes ces peurs, ces questions…

Il se fait d’abord ressentir par ce besoin presque animal de protéger, de rassurer, d’apaiser, cette mission dont on se sent soudain investie et qui compte plus pour nous que quoi que ce soit d’autre au monde, y compris dormir, manger, ou aller faire pipi… A la maternité, combien d’entre nous sont restées vaille que vaille à côté du berceau de leur petit endormi, attendant patiemment la prochaine visite pour se précipiter enfin aux toilettes ? C’est là, le premier stade, celui où on fait son « devoir », sans savoir encore que ce qui se cache derrière. 

Puis, peu à peu, il gagne encore du terrain, par une main qui s’agrippe à un doigt, une bouche repue qui s’endort sur un sein, un sourire aux anges esquissé au son de notre voix…Jusqu’à nous attraper pour de bon, pour ne plus jamais nous lâcher. 

Comme toute relation, celle avec son enfant se construit et se renforce jour après jour. Comme avec l’homme de ta vie, c’est le quotidien qui fera qu’un beau jour, tu comprendras que tu es définitivement et irrémédiablement amoureuse de ton enfant. Il te faudra alors – et croyez-moi, c’est peut-être ça le plus dur – apprendre à mettre un cadre à cet amour, car tout autant que d’être aimé. un enfant a besoin d’être élevé, éduqué et, donc, encadré.

Aussi, à mon amie jeune Maman, je dirais simplement : laisse-toi envahir par toutes ces sensations nouvelles, et profite-en irrationnellement… Le temps d’être rationnelle viendra bien assez vite. Crois-en celle qui expérimente actuellement les premières colères !

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