DERNIER ARRÊT AVANT L’ADOLESCENCE

Il y a deux semaines, nous avons eu à dormir la cousine des garçons. En réalité, techniquement ce n’est que la cousine d’Hugo, puisque c’est la fille de la soeur de sa mère, mais nous avons la chance de très bien nous entendre avec cette partie de l’ex belle-famille de Schatzi, ce qui fait que les enfants se considèrent assez naturellement comme cousins et cousines.

La cousine en question a 13 ans, soit deux ans de plus qu’Hugo. Pendant longtemps, ces deux années ne se sont quasiment pas vues, mais là, alors que nous jouions tous les trois à Cranium (je précise bien « tous les trois » puisqu’une certaine quatrième personne que je ne nommerai pas a préféré regarder le dernier soir des auditions à l’aveugle dans « The Voice »), j’ai été frappée de voir à quel point Hugo et elle étaient devenus différents en si peu de temps, et combien ces deux ans d’écart me sautaient désormais au visage. Insidieusement, l’adolescence a fait son oeuvre et creusé un fossé entre la jeune femme qu’elle est en passe de venir et le grand enfant qu’est toujours mon beau-fils (dont le grand plaisir au cours de cette soirée a été de faire « péter » la pâte à modeler en enfonçant son doigt dedans).

Compte tenu de ses dix ans de différence avec Simon, nous avons toujours tendance à considérer Hugo comme le « grand ». C’est vrai qu’à bien des égards, il l’est, grand, et je ne parle pas ici de centimètres (quoi qu’il ne lui en manque que six pour me rattraper…ce qui, j’en conviens, n’est pas exactement un exploit). Non, je parle de tout ce qui, dans son comportement, ses paroles, ses goûts, me fait penser qu’il est sérieusement en train de quitter le monde enchanté de l’enfance pour un univers bien plus sombre, fait d’excès de sebum et de traces douteuses sur les draps, et qui personnellement, me donne envie de me jeter sous les roues du premier tracteur-tondeuse qui passe : j’ai nommé bien sûr l’adolescence. 

J’en veux pour preuve plusieurs micro-évènements qui sont arrivés au cours des semaines passées et qui laissent présager que l’horloge biologique d’Hugo est en train de passer à l’heure d’ado :

– Aucune femme n’a plus droit de cité dans la salle de bains lorsqu’il s’y trouve (mais il continue à vouloir prendre le bain avec son frère, ce qui oblige Schatzi à superviser les opérations et moi à larver sur le canapé avec un verre de blanc en les attendant)

– J’ai trouvé des poils d’origine non identifiée dans la baignoire.

– Il s’enthousiasmait plus pour la sortie de « Batman vs. Superman » que pour celle de « Kung Fu Panda 3 ».

– Il a récemment réclamé son propre déodorant. Ce qui, s’il transpire autant des aisselles que des pieds, est clairement une démarche reconnue d’utilité publique.

– À Schatzi, qui lui racontait je ne sais plus quoi, il a répondu « Trop good, ta life ». Je peux vous garantir que vu la réaction de son père, elle est pas restée good longtemps, la life.

– Quand il a eu un bouton sur la joue, il a d’abord refusé que j’applique de la crème asséchante dessus. Je l’ai finalement eu par KO en lui racontant par le menu mes dix années de lutte forcenée contre l’acné et en mentant peut-être un tout petit peu sur le fait que rien de tout cela ne serait arrivé si j’avais mis de la crème asséchante sur mon tout premier bouton à l’âge de 10 ans.

Avec mon homme, je vous avouerai qu’on panique un peu quand on pense à l’adolescence d’Hugo. Soyons honnêtes, son enfance en elle-même n’a pas toujours été un long fleuve tranquille et je n’ai que peu d’espoir que l’arrivée des caractères sexuels secondaires lui fasse oublier sa condition d’enfant du divorce (quoi qu’encore une fois, s’il a la malchance de devoir faire face comme moi à une acné purulente, la soigner relèvera pratiquement du job à plein temps).

Personnellement, l’adolesence est très loin de me vendre du rêve. Je me souviens des problèmes de peau, donc, mais aussi des cheveux gras, des poils qui poussent là où on ne les attendait pas et des changements corporels qu’on cherche à tout prix à cacher. Vous l’aurez compris, je n’étais pas exactement ce qu’on peut appeler une ado bien dans sa peau.

Déjà à mon époque, quand les portables existaient à peine et qu’il te fallait dix minutes pour charger ta messagerie Caramail, c’était difficile d’être ado. Quand j’avais 14 ans, il n’y avait pas de Facebook, de SMS, de selfie, et être moi me semblait pourtant être la chose la plus difficile au monde. Comment ne pas m’en faire pour Hugo qui va quant à lui devoir faire face à un univers bien plus impitoyable que celui auquel moi, j’ai été confrontée ?

Heureusement pour lui, il a les gènes de son père et non les miens, donc on peut espérer qu’il sera comme lui THE beau gosse de 4ème B dont les filles entourent le prénom d’un coeur dans leur cahier de texte

Attendez, on me dit dans l’oreillette que plus personne n’a tracé de coeur dans son cahier de texte dans son cahier de texte depuis la fin des années 90. A priori, aujourd’hui, pour pécho le beau gosse de 4ème B, il suffit de lui envoyer une photo de ses seins par Snapchat (sur Snapchat ? en Snapchat ? Mais bordel, quelqu’un peut-il m’expliquer ce QU’EST Snapchat ?)

Bref, quand on est allé se coucher après quatre parties de Cranium et, pour Schatzi, 3h passées à dénicher le nouveau Kendji avec Garou et consorts (comme si un ne suffisait pas), on s’est dit que même si on était bien conscient du fait que le compte à rebours était désormais lancé, on était quand même drôlement content de constater qu’en dépit des poils qu’il perd dans la douche et de l’odeur suspecte de ses dessous de bras, le plus grand de nos deux mecs était pour le moment encore un grand enfant capable de se bidonner dix minutes à cause d’un bruit de pet. 

On s’est dit aussi que si on survivait à l’adolescence d’Hugo – que l’on peut estimer comme démarrant aux environs de 13 ans (dans deux ans donc) pour se finir vers 17 ans – nous aurions exactement encore six années pour nous en remettre avant que Simon ne démarre la sienne. On est large, Chéri, on est large.

Y’a pas à dire, dix ans entre deux enfants, c’est le bon timing. 

Ah, et je pense que vous vous en doutiez, mais moi aussi, la pâte à modeler qui pète m’a fait rire. Que voulez-vous, je suis une femme-enfant. 

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