DU COURAGE.

J’avais prévu d’écrire sur les trucs qu’on ne veut plus voir dans les magazines féminins. J’avais prévu que ce soit drôle, que vous vous bidonniez et peut-être même d’hastaguer Cosmo histoire de leur transmettre nos desiderata.

Et puis non. Parce qu’une fois de plus, comme vous, je me suis pris l’actualité en pleine face. Parce que pour la énième fois en quelques mois ont coulé sur mes joues des larmes pleines de rage, de peine et d’incompréhension.

Je sais que l’on va dire, lire et entendre qu’on est quand même très hypocrite, avec nos « Je suis Bruxelles » et nos Tintins qui pleurent, alors qu’il y a quelques jours à peine, ça pétait à Istanbul, à Grand-Bassam, à Ankara… Mais pourquoi lutter contre la nature humaine qui veut que plus c’est proche géographiquement plus les morts, les blessés nous ressemblent, et plus on est touché ? Mettre à distance l’horreur, c’est plus facile à faire quand elle se passe loin. Mais quand elle frappe devant notre porte, chez nos voisins, on s’y retrouve confronté de plein fouet.

Aujourd’hui, alors que j’actualise frénétiquement le fil d’actu des journaux, mon coeur de Maman saigne. J’ai 30 ans, mon fils 14 mois. Même pas le tiers du quart de la moitie d’une vie. Et pourtant, il n’a connu de notre monde que son côté le plus obscur. Et, malheureusement, ce côté obscur là est loin d’être aussi « badass » que celui de Dark Vador.

Attentat de paris
Posté le 9 janvier 2015

Nous sommes quatre jours avant la naissance de mon fils. La France vit au rythme de la traque des frères Kouachi, encore sonnée par la violence des attaques de l’avant-veille.

Je me souviens de moi, enceinte jusqu’aux trous de nez, marchant sur mon tapis à la salle de sport, le regard hypnotiquement tourné par les écrans de télé diffusant en boucle BFM.

Je me souviens d’Hugo, confronté pour la toute première fois de sa courte vie à la violence aveugle et barbare, la tête et la bouche pleines de mille questions auxquelles, malheureusement, aucun de nous n’avait la réponse.

Je me souviens m’être dit que 9 ans, c’était tôt pour se prendre cela en pleine face.

Je me souviens m’être demandée si lui aussi, comme nous avec le 11 septembre, il se souviendrait toute sa vie de ce qu’il faisait le 7 janvier 2015, vers 11h30.

Je me souviens avoir supplié mon fils de ne pas sortir tant que ces malades, ces fanatiques étaient en liberté.

Je me souviens m’être réjouie de leur mort.

Je me souviens avoir cru que c’était fini.

13 novembre

« C’était quoi, ce bruit ? » 

« Des pétards, Chérie ».

« C’était drôlement fort, non ? »

Pas de réponse. La France joue, contre l’Allemagne en plus. On a une revanche à prendre, ils nous ont sortis de la dernière Coupe du Monde.

« Il n’y aura pas d’interview après le match en raison des incidents dramatiques en cours actuellement à Paris. »

« Qu’est-ce qui se passe ? »

« Vite, vite, change de chaîne. »

« Mets BFM »

« Sur Facebook, ils disent qu’il y a une fusillade dans Paris ».

« Plusieurs même. »

« Je n’arrive pas à joindre mes potes sur Paris, j’ai peur. »

« Mon Dieu, il y a une prise d’otage au Bataclan ! »

« Chéri, couche Hugo, on ne sait pas ce qui peut se passer, c’est en direct ».

« Il se passe quoi Papa ? C’est comme avec Charlie ? »

On couche Hugo dans notre lit, il va dormir avec son père. On le laisse s’endormir avec Gulli en fond sonore, on lui enlève la télécommande, pas question qu’il puisse zapper. Du cododo et Gulli, c’est mieux que la guerilla en plein Paris.

On retourne sur le canapé, ma soeur et mon frère sont là. Oui, car demain, ce demain qu’il nous semble pour l’heure ne voir plus jamais venir, on baptise Simon.

Simon, né quelques jours après Charlie.

Charlie, qu’on croyait être les heures les plus sombres jamais vécues par la France.

La France, notre pays, touchée dans sa chair, dans son goût de la fête, de la musique et des soirées en terrasse.

Le Bataclan est évacué vers 0h30, tout le monde va se coucher. Dormir, c’est une autre histoire.

Je reste debout toute la nuit, en proie à la panique la plus primaire, la plus élémentaire. Je ne peux pas continuer à vivre dans ce monde-là. Je ne peux pas offrir ce monde-là en héritage à mes enfants. Strasbourg, c’est trop dangereux. Il faut partir. Fuir loin des institutions européennes, du marché de Noel qui ouvre dans deux semaines. Je n’irai plus faire les magasins. Je n’irai plus voir de spectacle. Je n’irai plus nulle part où les petits puissent être en danger. Je vais quitter la France, je l’aime mais elle a trop d’ennemis. Aller quelque part de neutre, en Suisse ou en Belgique.

22 Mars 2016.

Entre temps, j’avais bien compris que la Belgique, ce n’était pas exactement la planque idéale. Enfin, si, de toute évidence, si tu as Interpol à tes trousses, ça le fait.

J’avais bien compris que quand deux tombent, trois se relèvent, encore plus fous que les précédents.

J’avais bien compris que jamais, nulle part, mes enfants et moi ne serions parfaitement en sécurité.

J’avais bien compris pourtant que la vie devait continuer. Cela ne m’empêchait pas pourtant de faire des cauchemars. Souvent. Comme hier, par exemple, où j’ai rêvé que Schatzi et moi étions pris dans une attaque. Dans un aéroport.

Dans ces cauchemars, qui, je le crains, ne sont pas prêts de cesser, lorsque je me sens proche de la mort, ma dernière pensée va toujours à mon fils. Et je me réveille, et je pense aux fils et aux filles de ceux qui sont tombés sous les balles de ces décerébrés.

Bravo les gars, vous avez tué le père, la mère, la soeur, le fils de quelqu’un.

Bravo, vous avez eu suffisamment de cran pour tirer sur quelqu’un de désarmé, pour arracher à la vie une personne en raison de sa nationalité, de sa religion, de son mode de vie ou des décisions de son gouvernement.

La grande classe, les mecs. Si c’est ça qu’on appelle le courage chez vous, alors nos dictionnaires différent.

Parce que chez moi, le courage, c’est que demain, on sera des millions à s’engouffrer dans un métro blindé, à courir pour choper notre avion, à sortir dans la rue, à aller picoler du vin blanc et, surtout, à faire, porter et élever des enfants. Ces mêmes enfants qui, un jour, seront les adultes qui viendront à bout des tarés comme vous.

Parce que le bien triomphe toujours du mal. Et que moi, ce que j’ai de « plus bien du monde entier de la planète », ce sont mes gosses.

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