(BELLE)-MAMAN DES MERVEILLES

J’ai longuement hésité avant d’aborder ce point sur ce blog, que je veux à tonalité humoristique. Difficile pourtant de blaguer sur un sujet aussi délicat que la famille recomposée. Pourtant, c’est un fait : avant d’être Maman, j’avais déjà un enfant. Certes, pas aux yeux de la loi, ou de la biologie. Mais un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, il y avait quelqu’un sur la banquette arrière.

Ce quelqu’un, c’est Hugo, le fils que mon mari a eu de son précédent mariage. Une tornade de 10 ans et demi, dont je partage la vie depuis bientôt six ans. Six ans au cours desquels j’ai essayé de devenir parent sans l’être réellement, où j’ai appris à m’intéresser à ce qu’il l’intéresse (« ah bon, Salamèche peut évoluer en Dracaufeu ? Trop fort ! »), à cuisiner ce qu’il aime (les choux de Bruxelles…WTF ??) et à prendre sur moi quand il me vante les mérites de sa mère.

Car c’est là que le bât blesse. Être belle-mère, ça signifie élever le ou les enfant(s) d’une autre. Une autre que votre mari a aimé au point de lui faire un enfant. Et peu importe les raisons pour lesquelles ils se sont séparés, de leur amour reste une trace indélébile, un lien indéfectible avec laquelle il vous faudra toujours composer.

Au début, j’ai eu du mal à intégrer à mon couple fraîchement formé ce « corps étranger » qui venait, tous les quinze jours, faire irruption dans notre vie à deux. Je le voyais comme une contrainte qui nous obligait à passer nos samedis soirs devant Foucault plutôt que devant un Mojito. Avec le recul, j’ai compris qu’en réalité, le corps étranger, c’était moi. Entendons-nous bien : je n’ai pas « volé » mon mari à son ex-femme, ils étaient séparés quand nous nous sommes connus. Mais, quelque part, c’est à Hugo que j’ai volé quelque chose : l’espoir qu’un jour, ses parents se remettent ensemble.

« Mais sinon, ça se passe bien ? »

Cette question, je l’ai entendue tellement de fois sans jamais savoir quoi y répondre. Comme dans toute relation, il y a des jours avec et des jours sans. Je pense que pour lui, il est difficile de se laisser à aller à « bien m’aimer » (ou à m’aimer tout court) sans craindre de blesser sa mère. Et de mon côté, malgré toute l’affection que je lui porte, il est la preuve vivante qu’il y a eu quelqu’un avant moi. Alors oui, dans l’ensemble, après des débuts très, très chaotiques, maintenant ça se passe bien.

« Et avec Simon, ils s’entendent comment ? »

Simon a beaucoup apporté à notre équilibre, je suis passée du statut de copine (puis femme) de Papa à celui de Maman de son frère. Car nous avons la chance qu’Hugo considère Simon comme son frère, sans jamais lui adjoindre de « demi » qui viendrait amoindrir l’importance du lien qui les unit. Leur relation est incroyablement belle et simple, faite de sourires éclatants lorsqu’ils se voient et de mains qui se tiennent quand il se quittent. Je suis heureuse que mon fils ait un frère comme Hugo. 

demi-frere

« Tu fais forcément une différence entre les deux. »

Oui, comment cela pourrait-il en être autrement ? J’ai voulu Simon, je l’ai porté pendant neuf mois, mis au monde pendant seize heures…C’est la chair de ma chair, le fruit de mon amour avec Schatzi, ma merveilleuse descendance. Dans mon coeur, bien sûr que je fais une différence, et je pense d’ailleurs qu’Hugo n’attend pas de moi que je l’aime comme j’aime son frère. Comme je n’attends pas qu’il m’aime comme il aime sa mère. Par contre, je pense que dans la vie quotidienne, ma peur de mal faire avec Hugo fait que j’en fais plus pour lui que pour Simon. C’est assez simple à comprendre : votre enfant, peu importe que vous le grondiez, le punissiez ou le forciez à faire quelque chose, ça ne changera rien au fait que si vous lui tendez les bras, il s’y précipitera pour vous faire un câlin. Mais avec un beau-fils ou une belle-fille, on marche sur des oeufs. Trop d’autorité, pas assez d’attention, et ça peut virer au pugilat, avec, généralement une victoire par KO du petit sur la grande à coups de « t’es pas ma mère » et « je voudrais que tu sois morte ». Triste réalité : ce genre de phrases, ça n’arrive pas que dans les films.

« Cherche pas à prendre la place de sa mère. »

Merci pour le conseil, mais ce n’était pas mon intention, loin s’en faut. Hugo a une mère, qui me fait ch*** parfois (souvent) mais que je respecte. Je n’ai jamais prétendu la remplacer, la seconder ou me substituer à elle. Je n’ai aucun droit à revendiquer sur cet enfant, et je n’en veux pas forcément. C’est aussi pour cela que j’encourage mon mari à faire valoir les siens et à s’impliquer dans la vie d’Hugo, au delà des périodes de garde imposées par le JAF. Je ne veux pas entendre parler du couple qu’il formait avec son ex ; par contre, je veux qu’il soit partie prenante du socle parental qu’ils seront toujours.

« C’est pas un peu batard, belle-mère, comme statut ? »

Si. Dans l’imaginaire collectif, une belle-mère, c’est une nana vicieuse qui cherche à éloigner les enfants de leur père et refourguent des pommes empoisonnées à qui mieux mieux. Nous n’avons même pas de nom à nous : nous partageons l’appelation « belle-mère » avec la mère de notre mari. Et de toute façon, c’est rare qu’on nous appelle comme ça, ce serait déjà nous donner trop d’importance. On est « la copine de Papa », « la nouvelle » ou même « l’autre pétasse » dans la bouche de son ex. On doit se justifier quand on cherche le gamin à la sortie de l’école (« Mais regardez, Madame la Directrice, sur cette photo c’est moi avec son père, vous voyez bien qu’on se connaît ! ») et se faire toute petite quand on assiste à ses matchs de foot aux côtés de toute l’ex belle-famille de son mec. 

Je vais être honnête : je ne sais pas si je conseillerais à une amie de se lancer dans l’aventure de la famille recomposée. Du moins, je crois que je la mettrais en garde contre la réalité de ce rôle souvent ingrat. Une belle-mère n’a pas de statut ; il n’y a pas de fête des belles-mères et pas de place pour elles aux réunions de parents d’élèves.

Une belle-mère donne sans jamais espérer recevoir en retour.

Une belle-mère se contente souvent d’être tolérée, à défaut d’être aimée. 

Une belle-mère encaisse. Puis oublie, parce qu’au fond, elle n’a pas le choix.

Hugo m’a appris beaucoup de choses, et même si j’ai souvent le coeur serré par sa faute, même si quand il est là, je me sens parfois de trop, dans ma tête, une chose est claire : ma famille compte quatre membres.

J’ai essayé d’injecter un peu d’humour dans ce post, sans y parvenir. Je crois que le sujet est trop sensible à mes yeux. Vous m’en voulez pas ? Promis, je me surpasserai pour le prochain. Eh merde, voilà que maintenant, je culpabilise avec vous aussi. On se refait pas 🙂

Joyeuse Saint-Valentin, et n’oubliez pas qu’avant d’être des parents, vous étiez un couple, alors on fait péter le Champ’ et la dentelle (pas moi Maman, je suis chaste et pure !). 

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