5 DEGRÉS DE SÉPARATION

Ce week-end, Schatzi et moi étions invités à la fête « surprise » pour les 30 ans d’un de nos meilleurs potes. Je mets surprise entre guillemets car le pote en question s’était auto-spoilé en lisant toute la conversation Facebook dédiée…et en y répondant parfois à la place de sa femme. Ce qui, si vous connaissiez le personnage, ne vous étonnerait en rien.

Nous avons donc confié Simon à sa Mamie et sommes partis direction la région parisienne, plus précisément la Ferté sous Jouarre. La Ferté sous Jouarre… Comment vous dire ? Vous voyez New York. Ben, l’inverse. Seul avantage (non négligeable), sa proximité immédiate avec Disneyland. Comme d’habitude, j’ai nourri l’espoir du détour secret de dernière minute, mais mon homme semblait plus concerné par le match de rugby à 15h30 que par mon envie de faire Space Mountain.

Bref, Simon resté chez Mamie, nous jubilions à l’idée de passer quelques heures à deux, loin des couches, de « Biquette, biquette » (actuel numéro un de son top 50 perso) et les cheveux exempts de purée (vous ai-je dit qu’il crachait maintenant ?). Nous roulions donc avec entrain sur la Nationale 4, admirant ses stations service abandonnées et ses restos « Routiers », la main amoureusement posée sur la cuisse de l’autre, immergés dans ce que j’appellerai :

LA PHASE 1 – DÉLIVRANCE

C’est ce moment où tu t’installes au volant de ta voiture, après t’être sauvée discrètement pour ne pas te faire remarquer par ton enfant (de toute façon trop occupé à déchiqueter une pub Carrefour). Tu mets le contact, éteins la compil des 100 meilleures chansons pour enfants qui tourne habituellement en boucle et bascules sur NRJ. Tu te sens bien, tu te sens libre, tu pourrais bouffer le monde maintenant que tu n’as plus à décharger au préalable une poussette de 50 kg. Tu regardes l’homme, qui conduit, et, derrière ses cernes 13 mois d’âge et son pull encore légèrement maculé de carotte, tu te dis qu’il est canon, et que t’as bien eu raison de lui faire un enfant, à celui-là. Et à cet instant, d’un coup, te revient l’image du fruit de vos amours. Il est drôlement mignon, quand même. Surtout avec sa petite bouille ronde. Tu te demandes ce qu’il fait en ce moment. Et c’est à ce moment-là que tu bascules dans :

LA PHASE 2 – NOSTALGIE

« Chéri, tu crois qu’il fait quoi Simon, en ce moment ? ». Ca y est, tu as posé la question fatale. Maintenant, Schatzi aussi pense à son fils, et se demande ce qu’il fait, s’il a remarqué votre absence et s’il n’est pas en train de pleurer toutes les larmes de son corps en réclamant son Papa (je rappelle qu’on est dans l’esprit de Schatzi. Dans la réalité, il est EVIDEMMENT en train de réclamer sa Maman). Vous commencez à reparler de ce matin, quand il a essayé de boulotter du coton pendant que vous le changiez, ou de plus tard, quand il a presque assommé le chat en lui lançant un quignon de pain. Les yeux s’embuent, on a de la chance quand même, il est chouette notre fils. D’ailleurs, tu te souviens quand il a dansé l’autre jour dans la voiture ? Tiens d’ailleurs, ça te saoule pas, Maître Gims en boucle sur NRJ, si on remettait « Biquette » ?

LA PHASE 3 – INSOUSCIANCE

Vous voici arrivés chez vos amis, après une improbable séance de karaoké sur « Au clair de la lune ». La joie des retrouvailles (et le punch planteur) aidant, tu mets de côté tes pérégrinations parentales et redeviens, le temps d’une soirée, cette personne que nous qualifierons de « fun » (= qui ne parle pas sans cesse de la couleur anormale des selles de son fils). Tu parles voyages, ciné, musique, et, dans mon cas précis, tu fumes tout le monde au blind test spécial années 90 (comme je l’expliquais hier à mes concurrents déconfits, j’ai volontairement viré de mon cerveau certaines connaissances futiles telle la trigonométrie pour y mettre à la place le nom du tube chanté par Eternal en 1997). En un mot, tu profites à fond de la soirée, et soyons honnêtes, tu en as tout à fait le droit. Jusqu’au moment que survient une sale petite fouine nommée :

LA PHASE 4 – CULPABILITE

Elle te prend par surprise, alors que tu es tranquillement en train de danser, debout sur la table du salon. D’un seul coup, tu regardes ta montre, il est minuit passé. Simon doit dormir depuis longtemps déjà. Ou pas. Peut-être qu’il est en train d’hurler, paniqué, face à une Mamie impuissante et dépassée par la situation. Peut-être qu’il t’appelle, en hoquetant, les yeux noyés de larmes. Peut-être même que cela dure depuis des heures. Et même s’il dort, comment va-t-il réagir demain, en ne te voyant pas ? Est-ce vraiment normal que toi, sa mère, l’abandonnes pour aller jouer les oiseaux de nuit avec tes amis ? Dans ta tête, la fête est finie désormais, et tu n’as qu’une envie : rentrer chez toi le plus vite possible et te confondre en excuses devant lui pour avoir été une mère aussi égoiste. Sauf que comme dit, il est minuit, tu es à 2h30 de route de chez Mamie et il va bien falloir patienter jusqu’à demain pour faire pénitence et entrer dans :

LA PHASE 5 – RETROUVAILLES

Réveillée à 7h (l’habitude), tu tournes dans ton lit en attendant l’heure où tu pourras raisonnablement t’exclamer « Ouh là, mais il se fait tard, dis-donc, faudrait se mettre en route ! ». Vu que Schatzi fait pareil à côté, vous vous dites que tant qu’à être réveillés, autant se lever. Vous expédiez la douche, un café et une bise (de loin) aux copains à l’haleine chargée de punch, et Andiamo tutti, direction maison ! A peine installée dans la voiture, tu téléphones à Mamie, la boule au ventre, pensant entendre le récit d’une nuit infernale. Alors quand elle te raconte, la voix enjouée, que c’était super, qu’il a dormi d’un trait jusqu’à 9h et n’a même pas semblé remarquer votre absence, tu pousses un ouf de soulagement (en dépit d’une pointe de frustration…quel ingrat, ce gosse, quand même). Schatzi appuie sur le champignon, et deux heures (et environ 50 restos route) plus tard, te voilà en train  avec ton Lapin dans les bras, toi le couvrant de bisous, lui bavant le reste de son repas de midi dans tes cheveux. Joie, allégresse, smiley avec des coeurs à la place des yeux.

***

Les soirées en amoureux ou  entre amis, c’est nécessaire, voire vital, pour l’équilibre d’un couple de jeunes parents. Je plains de tout cœur ce qui n’ont pas la chance comme nous d’avoir des grands-parents extras. Et je les plains d’autant plus que ces moments passés sans d’eux sont tous aussi uniques que ceux passés à leurs côtés. Si selon Prévert, on reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va, moi, je reconnais le mien aux cris de joie de mon fils quand je reviens.

Bon dimanche en famille, mes lecteurs chéris !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :