J’AURAIS DÛ, JE DEVRAIS… L’ART DE LA CULPABILITÉ MATERNELLE

Samedi soir, nous avons dîné chez une amie qui a dix ans de plus que moi. Alors que nous tentions tant bien que mal de nous remettre du combo « apéro – Mont d’or fondu – gâteau au chocolat », est venu sur la table un sujet que, si vous êtes Maman, vous connaissez forcément sur le bout des doigts : la culpabilité maternelle.

Avant, je croyais savoir ce que signifiait savoir ce qu’était la culpabilité : « je culpabilise de ne pas avoir rappelé ma mère » ou encore « je culpabilise d’avoir entamé vidé le paquet de Schoko-Bons ». Depuis que je suis devenue Maman, j’ai découvert qu’on pouvait se sentir coupable de tout, tout le temps et en toutes circonstances. C’est comme si la vie était devenue un boullotage perpétuel compulsif de Schoko-Bons. Et en plus, sans vouloir me la péter, je suis extrêment douée à ce jeu-là.

Je suis la papesse de l’auto-flagellation, l’impératrice de la remise en question. Si culpabiliser était un sport, je serais le Zizou de la discipline. Des preuves ? Immersion dans ma tête

– Moi au bureau

« Punaise, ça fait déjà dix minutes que j’aurais dû quitter. Je ne suis ni plus, ni moins que la mère indigne qui fait passer sa carrière avant son fils »

– Moi sur le parking du bureau

« Punaise, moi je quitte alors que tous les collègues restent. Je ne suis ni plus, ni moins que l’employée indigne qui fait passer son bien-être individuel avant l’intérêt collectif »

– Moi quand je laisse Simon à mon mari pour aller au sport

« Et s’il était difficile ? Et s’il voulait pas manger ? Prendre son bain ? Aller au lit ? Mon pauvre Schatzi, je vais lui cuisiner un menu 5 plats en rentrant pour me faire pardonner. »

– Moi chez l’esthéticienne en pleine épilation du maillot

« Dire que je prends du temps pour moi au lieu d’être avec Simon »

Le maillot.

LE MAILLOT !!!

Vous voyez où j’en suis. C’est un vrai problème car je profite de moins en moins pleinement des moments pour moi (= pas ceux où je me fais épiler le maillot) tellement ce sentiment d’être la pire mère du monde m’assaille. J’essaie de me dire que je ne suis pas qu’une Maman, mais aussi une fille, une soeur, une employée, une épouse (et accessoirement, moi) mais il est vraiment difficile, d’autant plus qu’un autre paramètre s’insinue sournoisement pour t’asséner le coup de grâce : la pression sociale.

Tu as à peine relevé la tête de la cuvette après ta toute première nausée matinale que le bal commence :

« Tu vas pas l’allaiter ? Mais enfin, c’est le seul aliment naturel » (et sa variante, entendue par des copines allaitantes « Tu vas l’allaiter ? Hum Hum…Comme une vache, quoi ! »)

« Tu vas pas le faire dormir avec vous au début ? Le pauvre petit, si jeune et déjà livré à lui-même »

« Comment ça, tu ne fais QUE les purées maison ? Et les compotes ? Les yaourts ? Les biscuits? « 

« Et sinon t’as pensé aux OGM, au Gluten, aux additifs, toussa toussa… »

Pour en avoir parlé avec beaucoup, beaucoup de Mamans, ceci n’est qu’un minuscule aperçu du nombre incommensurable de conneries que peuvent sortir les gens.

Bref, mon amie quarantenaire, à qui je racontais samedi mes dilemnes moraux perso, m’a répondu quelque chose qui, je pense, pourra être utile à beaucoup d’entre vous : « Prends de la hauteur »:

Facile à dire, elle fait 1m80 et moi un 1m60. Mais en gros l’idée, c’est de toujours se demander ce qu’il y a de plus bénéfique à long terme pour un enfant : une Maman toujours présente, mais stressée, mal dans ses pompes et la tête ailleurs (dans le sport qu’elle aurait dû faire, le dossier qu’elle aurait dû boucler, le coup de fil qu’elle aurait dû passer…) ; ou bien une Maman qui rentre un chouia plus tard, mais détendue, satisfaite (d’avoir survécu à un cours de CAF ou à une deadline de remise de budget prévisionnel) et la tête à ce qu’elle fait, en l’occurence construire une pyramide de cubes.

Mouais…C’est beau sur le papier, mais l’enfant n’est-il pas le petit être égoiste qui pense à son plaisir perso et se fout du reste comme de sa première tétine ?

Sauf que là, sa fille de 18 ans est intervenue dans la conversation, en rappelant l’époque où sa mère, soucieuse d’être là pour sa progéniture, rentrait chaque soir à l’heure du boulot. Mais de mauvaise humeur, la tête dans le dossier Tartempion laissé en plan avant de partir, incapable de faire face au moindre cri ou à la moindre exercice sur les fractions à corriger… Puis, elle a comparé cette mère au bord du « nervous breakdown » à la version 2.0 qui s’est remise au sport, sort régulièrement avec ses copines et s’autorise à dire qu’elle ne comprend rien aux fractions (comme tout être humain normalement constitué). En s’autorisant à penser à elle, mon amie a sauvé sa vie de famille. Et paradoxalement, en leur consacrant un petit peu moins de son temps, elle est redevenue plus accessible pour ses enfants.

Du coup, je me dis que ce n’est peut-être pas si grave si, en sortant du bureau, je fais un crochet par la salle de sport pour aller courir 1/2h (ce qui est une fraction, soit dit en passant. In your face, les maths !), si cela me permet de rentrer ressourcée, et prête à enchainer les pyramides de cubes.

Je ne vous dis pas que je ne ferais pas de rechute, que je ne m’en voudrais pas la prochaine fois où j’irais faire les courses en laissant mon fils chez ses grands-parents (faire les courses. Encore une fois, une mauvaise interprétation de l’idée de « prendre du temps pour soi »). Mais en tout cas, je vais essayer de garder cette conversation en tête, et, comme on me l’a si intelligemment conseillé, de « prendre de la hauteur »…

…Du coup Schatzi, je pense que des Louboutins m’aideraient carrément question hauteur. On en discute ?

PS: vous aussi, vous avez déjà dû faire face à des dilemnes moraux complètement tordus ou des commentaires remettant en question vos compétences de Maman ?

N’hésitez pas à me faire part de votre « best-of » en commentaire de cet article, histoire que je me sente moins seule 😉

 

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